Carnet de voyage à Rome : réconciliation et hospitalité, valeurs socles de l’universalité.


Carnet de voyage à Rome : réconciliation et hospitalité, valeurs socles de l’universalité.

Caravage

Ma parenthèse romaine a démarré dès le vendredi 25 janvier au soir par un détour à l’église Saint-Louis des Français, plus exactement devant la chapelle Contarelli où est exposée une des plus belles œuvres du Caravage – Le martyr de Saint-Matthieu (1600) –. Un triptyque dont la fulgurance interpelle et dont le message témoigne d’une époque, de ses convictions autant que de ses doutes et de ses controverses. Un message d’espérance pour les chrétiens, une œuvre exceptionnelle pour tous. C’est dans la diversité des interprétations que le patrimoine culturel valide sa dimension universelle. C’est en cela que nous devons en être les gardiens autant que les promoteurs.

 

Retour au programme.

Parmi toutes les interventions qui se déroulent à l’Université Pontificale de la Sainte-Croix le samedi 26 janvier, deux conférences auxquelles j’assiste sont dédiées à deux grands témoins contemporains dont l’action politique a participé des grands enjeux universels du XXème siècle : Robert Schuman (1886-1963) et Edmond Michelet (1899-1970). Les conférenciers qui tracent les itinéraires et l’œuvre de ces hommes politiques d’exception évoquent plusieurs des qualités et des valeurs auxquelles ils étaient profondément attachés ; mais une des valeurs essentielles qu’ils avaient en commun attire mon attention plus que les autres car elle trouve un écho particulier par rapport à l’intervention que je projette : La réconciliation. Au cours d’un siècle qui a ouvert une des plus grandes plaies que les civilisations aient à connaître, Robert Schuman et Edmond Michelet ont œuvré pour la réconciliation et pour la paix. Ils défendaient cette idée de la paix que Spinoza a si bien exprimée : « La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice ». Schuman appelait chacun à avoir le courage de rencontrer le monde ; Michelet invitait à ne pas couper les ponts. Cette paix qu’il faut sans cesse encourager et promouvoir, appelle une disposition permanente à la réconciliation. C’est la raison pour laquelle cette valeur universelle ne se réduit pas à des circonstances ; par son caractère fondamental elle appelle de notre part, quelques-soient les époques et nos positions politiques ou sociales, que nous nous engagions à en être d’incessants et infatigables promoteurs. « Nous sommes appelés à un travail de réconciliation disait Michelet, dans le calme, la discrétion et la charité chrétienne » ; Schuman appelait à trois niveaux de réconciliation, avec la création, avec son semblable et avec soi-même.

 

J’entends avec d’autant plus d’intérêt et d’émotion ces témoignages sur la réconciliation qu’elle est à la fois le prérequis et une des conséquences de cette valeur-socle que des jeunes du monde entier avait proposé pour la candidature française à l’Exposition universelle de 2025 : L’hospitalité.

 

Le thème de mon intervention est le suivant : « Une question universelle : Comment construire une nouvelle voie dans l’idée d’un progrès authentique ? »

Après avoir rappelé quelques éléments de contexte sur les travaux que nous menons dans le cadre des Ateliers de l’Universel, j’oriente mon intervention sur l’hospitalité. Je rappelle qu’elle a été cette valeur sous-jacente de notre candidature et qu’elle avait généré l’expression d’une invitation au monde de la part des jeunes : « Au cœur des territoires s’ouvre celui des Hommes »

 

Les trois dimensions de l’hospitalité à partir desquelles je développe mes propos entre en résonnance particulière avec celles citées plus haut, par lesquelles Robert Schuman évoquait la réconciliation :

D’abord, il n’y a pas d’hospitalité sans les deux dimensions de la confiance : Confiance en soi et confiance vis à vis des autres. Malheureusement, ce n’est pas dans ce sens que la société avance. Le monde contemporain est profondément marqué par une double défiance : Vis à vis de ceux qui nous sont étrangers, fussent-ils nos propres voisins ; mais aussi souvent par rapport à nous-même au travers du doute ou de la recherche de sens. Les effets de cette perte de confiance se mesurent très clairement à toutes les échelles : Elle entraine une rétractation des pays et des tensions internationales dont l’actualité nous livre quotidiennement les conséquences ; elle provoque un isolement croissant des personnes, dont les plus fragiles sont les plus touchés ; elle participe aussi d’un individualisme aigu que les technologies flattent et stimulent chaque jour davantage.

L’hospitalité tire également son principe universel de sa simplicité ; elle est avant tout un acte spontané d’accueil à la portée de tous. Elle se façonne dans l’empathie, dans la confiance et dans la bienveillance. L’accueil de l’autre participe directement de l’altérité dont nous avons besoin pour aller vers un progrès authentique qui s’épanouit dans l’échange et le partage des cultures et des connaissances. La qualité d’accueil des plus modestes est la preuve vivante du caractère universel de l’hospitalité ; leur enthousiasme, bien souvent inversement proportionnel à leurs ressources, révèle pleinement la prévalence des relations humaines sur les moyens matériels.

Une troisième dimension universelle de l’hospitalité s’incarne dans la diversité de la géographie et des richesses du monde. C’est le sens des propos de Robert Schuman quand il proposait « une réconciliation avec la création ». Toutes les composantes naturelles et culturelles de notre environnement participent très directement de notre faculté d’hospitalité. Car, la fierté que nous tirons du sentiment d’appartenance à une culture et le bonheur que nous éprouvons à faire découvrir à l’autre ce qu’il ne connaît pas, donnent à l’hospitalité sa valeur authentique. C’est la raison pour laquelle, le risque de nivellement culturel et de délitement des identités sont probablement les grandes menaces qui pèsent sur l’hospitalité et par conséquent sur l’universalité. Si nous vivons demain dans un monde identique, stéréotypé, standardisé, que nous restera-t-il à partager ? Qu’aurons-nous à découvrir et à faire découvrir ? Cette réappropriation de notre environnement est sans doute aussi la condition indispensable à la réussite d’un projet de développement durable.

Je ne peux pas m’empêcher d’évoquer le militantisme du géographe Elisée Reclus (1830 -1905), inspirateur de la scénographie de notre candidature pour 2025, dont l’ouvrage en six volumes « L’Homme et la terre » témoigne de cette réalité géographique dont la diversité façonne le monde autant que les relations sociales.

 

Le progrès authentique ne tiendra ses promesses que s’il est universel. Si la réconciliation en est le moyen, l’hospitalité pourrait en être l’objectif. Surtout si cette valeur s’incarne dans les trois dimensions de confiance, d’altérité et de reconnaissance d’une diversité prometteuse. Aujourd’hui ces dimensions sont menacées : La défiance gagne sur tous les fronts et l’universalité se confond avec l’uniformité. Les modèles universels que nous devons construire devront s’attacher à réarticuler les dimensions locales et globales. Puisque nous sommes à Rome, citons le Pape François qui a dessiné ce modèle sous la forme d’un polyèdre : « La sphère peut représenter l’homogénéisation, comme une espèce de globalisation : elle est lisse, sans facettes, égale dans toutes ses parties. Le polyèdre a une forme semblable à la sphère, mais est composé de nombreuses faces. (…) Il me plaît d’imaginer l’humanité comme un polyèdre, dans lequel les formes multiples, s’exprimant, constituent les éléments qui composent, dans la pluralité, l’unique famille humaine. C’est cela, la vraie globalisation ! L’autre globalisation, celle de la sphère, est une homogénéisation ! »

 

« Au cœur des territoires s’ouvre celui des Hommes » … Cette phrase que les jeunes avaient conçue comme une invitation pour l’Exposition Universelle de 2025 incarnait cette image du polyèdre. Elle rencontrait aussi cette exigence qu’évoquait Schuman d’oser aller à la rencontre du monde.

C’est dans cette direction que nous devons continuer à travailler pour construire l’avenir dans le respect des principes universels. A l’instar de ceux qui avaient créés les Expositions Universelles en 1850 pour relever le défi du progrès dans la révolution industrielle, il nous appartient d’imaginer et de travailler à de nouveaux modèles. Pour transformer l’innovation technologique en progrès authentique, ces modèles devront à la fois être universels et avoir un sens. L’hospitalité pourrait en être le garant. (A suivre)


NB : Au cours de leur intervention, les conférencières sur Edmond Michelet évoquaient sa participation en 1965 au « Presidential Breakfast » à Washington en présence du Président américain Lyndon B. Johnson. Cette rencontre annuelle et universelle, créée en 1953 et inaugurée par le Président Dwight D. Eisenhower, s’inscrit dans cet effort constant de dialogue et de paix. En 1970, cette initiative est devenue le National Prayer Breakfast. Mon prochain Carnet de route portera sur mon voyage à Washington le 5 février prochain, à l’occasion du 67ème National Prayer Breakfast, à l’invitation des Sénateurs démocrate et républicain Christopher Coons et James Lankford. J’aurai l’occasion d’y animer une rencontre sur les valeurs et enjeux universels. Le traditionnel petit-déjeuner en présence du Président américain se déroulera le jeudi 7 février

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