Carnet de voyage: Chine


Carnet de voyage: Chine

Ce voyage en Chine – sur les traces de l’Exposition universelle de Shanghai (2010) –m’offre une double opportunité : de faire le bilan, des enseignements que l’on peut tirer de Shanghai 2010, 9 ans après l’ouverture de l’Exposition, mais aussi d’interroger de nombreuses personnalités et entrepreneurs chinois sur leur vision et leur perception des valeurs et enjeux universels. La Chine, qui concentre 18 % de l’humanité est devenue en quelques années l’économie la plus dynamique au monde. Elle est aussi un pays dont l’histoire et l’héritage pourraient s’inviter dans les débats à venir sur le sens d’une accélération technologique dont il nous faudra bien, un jour ou l’autre, répondre de sa réelle contribution au progrès humain.

 

Mes rendez-vous se déroulent à Shenzhen, Shanghai et Pékin, trois villes très différentes qui reflètent plusieurs des tendances de la Chine contemporaine. Je suis accompagné par Xu Bo, ancien diplomate chinois et Conseiller spécial à l’UNESCO, qui fut entre 2004 et 2010, un des principaux promoteurs et organisateur de l’Expo-Shanghai 2010. Son expertise et ses réseaux sont très précieux pour la réussite de ce voyage et la bonne compréhension des tendances de la Chine.

 

Mardi 4 juin : Shenzhen.

Je découvre cette ville nouvelle, capitale de la technologie chinoise, dont l’incroyable progression la place aujourd’hui parmi les métropoles les plus dynamiques au monde. En l’espace de 40 ans Shenzhen, petit port de pêche, est passée de 20.000 à plus de 20 millions d’habitants, dont le PIB d’aujourd’hui qui a dépassé celui de Hong Kong, occupe 3 % du PIB de toute la Chine.

Mon premier rendez-vous est organisé avec la mairie de Shenzhen pour comprendre cette surprenante accélération. Cao Zhiwen m’accueille, il est le directeur de Bay Area affairs de la ville de Shenzhen. Il m’explique l’émergence de cette ville-monde, dont les pionniers furent des entrepreneurs venus chercher à Shenzhen autre chose que l’atmosphère pesante de Pékin ou Shanghai. Il me décrit le projet « Greater Bay » qui vise à constituer avec Hong Kong et Macau un pôle économique de grande intensité, fort de plus de 70 millions d’habitants, en passe de devenir une des premières conurbations asiatiques. L’alliance de ces territoires et la convergence de leurs moyens participeront probablement dans les années à venir d’un effet de levier dont les impacts sur le développement économique seront sans précédents. Nous poursuivons par une visite au China Global Philantropy Institute (CGPI). Créée par Wang Zhenyao, forte d’un board qui fédère plusieurs personnalités à la tête des plus grandes fondations internationales (Bill Gates, Ray Dalio ou Niu Gensheng), cette organisation accompagne des centaines d’entreprises chinoises dans leurs engagements philanthropiques. Elle contraste quelque peu dans cette ville dont la réussite technologique et financière est le leitmotiv. La rencontre avec l’équipe de direction est pour moi très importante. Je leur explique mon projet de réunir en 2020 une conférence internationale avec les grandes Fondations internationales, les ONG et les représentants des universités et des Gouvernements pour lancer une initiative de grande ampleur de promotion des valeurs et enjeux universels. Cette idée que Xu Bo résume habilement comme un « Davos » des valeurs universelles fait mouche. « Nous ne devons pas simplement apprendre à travailler ensemble, mais aussi à vivre ensemble » me confie Wang Zhenyao. Son analyse sur les enjeux universels confirme l’approche qui émerge au cours de mes voyages : le XXIème siècle a besoin de trouver du sens si nous voulons que l’accélération technologique soit un vecteur de progrès pour tous. Un passage au siège de Ping’An, la 2ème compagnie d’assurance chinoise me permet d’apprécier quelques-uns des enjeux économiques de la Chine. Au 120ème étage d’une des plus grandes tours de Shenzhen, Jon-Tzen Ng, Directeur de la stratégie et de l’innovation m’explique que l’entreprise compte 180 millions de clients et 500 millions d’utilisateurs sur sa plate-forme en ligne … Des chiffres impressionnants qui justifient la puissance de l’innovation technologique nécessaire et les avances prises dans un marché dont les métriques donnent des moyens considérables. Je poursuis par la visite de leur Innovation center. La soirée se poursuit autour d’un dîner à la China Merchant Bank – à l’invitation de Wayne Wang, à la fois investisseur et Président du Club professionnel de football de Shenzhen – qui réunit, entre autres, des entrepreneurs chinois dans l’intelligence artificielle et des spécialistes du big data. Nos échanges sont passionnants. Je les interpelle sur le risque d’une humanité dépossédée de sa raison critique si nos données personnelles deviennent un matériau comme un autre. Je suis frappé par la conviction qu’ils partagent de la nécessité de restaurer un socle culturel et de leur disponibilité pour y travailler. Le fait de passer trois heures avec moi pour parler du sens, des valeurs et du progrès est en soi un signal particulièrement fort de leur part.

 

Le lendemain, je démarre par une réunion au sein d’une antenne d’Alibaba – l’entreprise chinoise créée par Jack Ma, mondialement connue, qui a révolutionné le commerce en ligne –. C’est l’équipe d’Alibaba Cloud qui me reçoit pour un tour de piste des innovations sur lesquelles ils travaillent. Nous passons en revue plusieurs technologies dont la puissance me fascine autant qu’elle m’inquiète. Nous poursuivons à l’université de Shenzhen – Southern University of Science and Technology (SusTech) – dont la notoriété est internationale depuis que l’un de ses chercheurs a modifié génétiquement les embryons de deux sœurs jumelles. Je suis reçu par le vice-président Thomas Sschneider, d’origine allemande, en charge des relations internationales. L’université est en croissance rapide. Nous envisageons de coopérer pour préparer la Conférence Internationale sur les valeurs universelles que nous organiserons en 2020. L’équipe de l’université partage cette idée de mettre la connaissance au cœur des enjeux universels et de l’intérêt d’une initiative mondiale dans ce sens. Nous évoquons l’idée – également envisagée lors de mon passage à l’université de Beyrouth – de créer des modules d’enseignement accessibles pour tous. Il partage cette idée que nous devons davantage sensibiliser les jeunes aux enjeux universels auxquels l’humanité est confrontée.

La tournée se poursuit chez Tencent, une des plus grandes entreprises chinoises, particulièrement connue pour son réseau social WeChat qui rassemble 1,2 milliards d’utilisateurs et compte 40 000 collaborateurs. Tencent travaille dans un grand nombre de secteurs (Santé, loisir, jeux, IA, etc.) L’avantage compétitif dont elle bénéficie grâce aux données stratégiques qu’elle récolte auprès de plus d’1 milliard d’utilisateurs modifie en profondeur les équilibres économiques et sociétaux. « On peut tout faire avec WeChat » me résume habilement l’un des ceux qui me reçoit. Tout est dit. Mais cela interroge sur la place prise par ce type d’outil en passe de devenir une interface systématique de nos relations sociales. Sa puissance interpelle notre conception de l’universalité et le risque de standardisation que nous sentons pointer partout dans le monde.

Aucune régulation ne pourra stopper l’accélération technologique qui s’annonce. Avec le mouvement de convergence des moyens de la 5G, de l’intelligence artificielle, de la blockchain, du cloud, de la reconnaissance faciale ou de l’informatique quantique, nous sommes à la veille d’une incroyable accélération ; rien de la freinera ; chaque réglementation sera contournée dès lors qu’une institution cherchera à la réguler. Seules les valeurs humaines, le sens et le discernement permettront d’en faire le meilleur usage. C’est le sens de notre initiative. Elle est essentielle.

 

Jeudi 6 juin : Shanghai   

L’étape est particulièrement intéressante. C’est à l’occasion de ma visite à l’Expo-Shanghai 2010 que m’est venue l’idée de la candidature de la France à l’Exposition universelle de 2025. Les Ateliers de l’universel m’y ramène, non sans une certaine émotion quand je fais le bilan de l’énergie dépensée depuis 9 ans. Je reviendrai sur cette étape dans un billet spécifique « Shanghai 2010 : Point d’arrivée et ligne de départ »

 

La soirée au bar de l’Hôtel me permet de reprendre la discussion avec quelques entrepreneurs et intellectuels chinois. Nous convergeons sur le constat de l’émergence de nombreuses impasses si nous ne cherchons à remettre nos singularités culturelles au cœur des enjeux. « Les générations à venir nous interpelleront sur ce que nous avons fait du bien commun si nous persistons dans un modèle guidé par l’innovation technologique, sans valeurs humaines et sans objectifs pour le progrès de l’humanité »

 

Vendredi 7 juin : Pékin

Programme chargé pour les deux jours qu’il me reste à Pékin. Plusieurs rencontres sont prévues avec des acteurs politiques, technologiques et des entrepreneurs.

Un déjeuner est organisé avec en particulier Sun Qui Jun, Maire adjoint d’un quartier de Pékin et Tony Dong, Fondateur du Sino-International Entrepreneurs Federation – je croise également le vice-ministre du commerce Long Yongtu, négociateur chinois en chef pour l’OMC, le personnage chinois le plus emblématique de l’ouverture de Chine vers le monde extérieur –. Notre déjeuner porte en particulier sur les atouts culturels de la Chine et l’importance des valeurs qu’ils véhiculent. Une fois encore, je perçois un réel intérêt pour notre initiative de la part de mes interlocuteurs chinois et une volonté de participer aux réunions que nous envisageons de tenir à Paris. Je poursuis avec Wang Xiang. Il est le vice-président en charge de l’international de Xiaomi, une des principales marques de téléphone mobile en Asie. Cette jeune société, qui compte d’ores et déjà plus de 20 millions de clients et qui emploie plus de 20 000 collaborateurs, s’est construite sur un modèle original. Elle n’a aucune usine et développe ses appareils à partir d’une plateforme d’achat et de coréalisation en ligne. « Cela nous permet d’être totalement flexible et de coller aux besoins des consommateurs » me rappelle Wang Xiang. « Par exemple, nous recherchons les meilleurs standards mondiaux pour la photo et la vidéo car nous considérons que cela constitue aujourd’hui un avantage comparatif essentiel » ajoute le vice-Président de Xiaomi.  Juste le temps de déposer nos affaires à l’hôtel et nous repartons pour une réunion et un dîner avec Liu Donghua. Il est le fondateur du fameux ChinaEntreprise Club, dont Jack Ma (Alibaba) est le Président et qui réunit les 40 plus grandes entreprises chinoises. Cette association organise depuis 12 ans le Green Submit, un événement majeur en Chine pour débattre sur les initiatives prises par les entreprises chinoises en matière de développement durable. « A l’heure des transformations actuelles, l’entreprise chinoise doit être à la fois un penseur, un entrepreneur et un acteur du développement durable (…) Nous avons une réelle capacité d’entrainement sur la toute la société pour la sensibiliser aux enjeux écologiques dans toutes leurs dimensions ». « La philosophie chinoise tend vers l’harmonie ajoute Liu Donghua, ce débat sur le sens de l’innovation nous intéresse ». Puis il cite « l’opium des technologies » en me rappelant que ce sont les projets de vie qui doivent guider l’humanité et non les machines. Je comprends de cet échange que, même en Chine, le débat émerge sur une conception plus large de la compétitivité incluant aussi la notion de bien. Je retiens aussi cette phrase de Liu Donghua qui rejoint d’une certaine manière l’état d’esprit de ceux qui animaient les expositions universelles du XIXème siècle et n’avaient de cesse de confronter la machine aux Beaux-arts : « Si l’inventeur de la machine crée le gène de la bienveillance, alors la machine sera à notre service »

Je profite de mon passage à Pékin pour aller visiter « l’Exposition internationale horticole » qui fait partie des catégories d’événements attribuées par le BIE (Bureau International des Expositions).

Je reviens sur cette visite dans l’article ci-dessous.

 

Je termine ma tournée par une rencontre avec Zhu Ming Ying, une des plus célèbres chanteuses chinoises, et ancienne danseuse du corps de Ballet Oriental de Pékin. Je l’interroge sur les valeurs d’universalité qui structurent nos débats. Je la trouve très confiante et enthousiaste « La culture chinoise est très forte, elle constitue le socle de notre système de valeur (…) Il nous appartient de les transmettre en privilégiant l’éducation et les arts créatifs » me confie-t-elle. La mondialisation est d’abord une opportunité de valoriser nos cultures et de les faire découvrir au reste du monde. C’est le sens de l’universalité. 

 

Rendez-vous est pris avec plusieurs de mes interlocuteurs chinois pour une rencontre en France pour qu’ils s’impliquent dans l’organisation de la conférence internationale que nous projetons sur les valeurs et enjeux universels. Une participation qui sera essentielle de la part d’un pays dont l’influence ne cesse de croitre à travers le monde mais dont les valeurs ancestrales pourraient participer d’une sagesse universelle …

 

Visite à l’Exposition internationale horticole de Pékin

 

Je profite de mon passage en Chine pour aller visiter l’Exposition Internationale Horticole de Pékin. Située à 80 kilomètres de la capitale chinoise, cette exposition « verte » se déploie sur un site de 550 hectares au milieu des chaines de montagnes. Un superbe écrin de verdure où chaque pays exposant décline son approche du végétal, des paysages ou de la biodiversité. 30 à 50 000 chinois s’y pressent chaque jour pour déambuler dans ce gigantesque parc où la végétation, les fleurs et quelques constructions en bois rythment le paysage. Il y règne une atmosphère à la fois festive et familiale qui ressemble sans doute aux fêtes populaires que les Expositions universelles du XIXème siècle ambitionnaient d’organiser. Une occasion pour beaucoup de nations de promouvoir leur économie verte ou leur tourisme.

Un petit pavillon français vient rappeler notre attachement aux valeurs de la biodiversité, de l’écologie et des jardins. Grâce à la volonté de quelques-uns, dont Sonia Eyaan qui m’accueille sur le Pavillon. L’honneur est sauf car malheureusement, il est probable que si ces quelques « bonnes volontés » n’avaient pas tiré la sonnette d’alarme à quelques mois de l’ouverture, et ne s’étaient pas mobilisés pour trouver les fonds nécessaires, la France aurait été absente de cet événement dont le cap des 16 millions de visiteurs devrait être atteint avant sa clôture.

Aucun ministre français n’est attendu sur place durant les 6 mois de l’Exposition alors que de nombreux pays y ont dépêché des chefs d’Etat ou de Gouvernement pour manifester leur soutien à cette initiative internationale de grande ampleur. A l’heure des défis climatiques, il est surprenant de constater si peu d’engagement officiel de la France.

 

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