CARNET DE VOYAGE : l'Afrique face aux enjeux de l'universel ?


CARNET DE VOYAGE : l'Afrique face aux enjeux de l'universel ?

 Jean-Christophe Fromantin, Président du comité ExpoFrance revient sur son séjour en Afrique au Bénin pour présenter l'initiative des Ateliers de l'Universel.

 

L’universalité vue du Bénin … C’était en quelque sorte ma feuille de route pour un séjour de quatre jours à Cotonou. Au programme, des rencontres avec des universitaires, des politiques, des entrepreneurs ou des acteurs de la culture pour échanger avec eux sur les valeurs et les enjeux universels. Je voulais démarrer ma tournée avec un pays d’Afrique car ce continent catalyse beaucoup des défis universels qui touchent la planète : l’environnement, la géopolitique, les migrations etc. Je connais déjà le Burkina-Faso et le Togo pour y avoir voyagé, de Ouagadougou à Dapaong puis jusqu’à Lomé, mais je découvre le Bénin. J’y retrouve Aaron Akinocho, jeune journaliste béninois, qui m’accompagne pour ces entretiens.

 

« On partage d’abord ce dont on est fier ». C’est avec ces mots que le Député béninois et 1er vice-président de l’Assemblée nationale du Bénin, Eric Houndete, réagit quand j’évoque avec lui le partage comme trame de l’universalité. Dans la moiteur de Cotonou, cette première rencontre pose clairement l’enjeu : l’universalité est indissociable du patrimoine matériel et immatériel de la planète ; chacune de ses composantes, des plus prestigieuses aux plus confidentielles, participent de la richesse du monde. Pour le Député, l’Afrique doit témoigner de ses valeurs culturelles,

 

« On ne doit pas standardiser l’Humanité (…) nous devons apporter le progrès aux gens plutôt que de les inciter à se déplacer vers le progrès »

Eric Houndete - 1er vice-président de l’Assemblée nationale du Bénin

 Cette universalité s’inscrit dans un bien commun dont nous sommes les dépositaires et que nous devons à la fois défendre et promouvoir.

Rencontre avec Eric Houndete

 

 

J’ai juste le temps d’une course en taxi, en zigzaguant au milieu des milliers de motos qui irriguent Cotonou, et je retrouve une quarantaine de journalistes sur la terrasse la Maison des Médias. J’écoute les derniers mots du Président du Syndicat des magistrats du Bénin qui me précède à la tribune, puis c’est mon tour. Je présente en quelques minutes Les Ateliers de l’Universel puis les questions fusent : pourquoi l’Afrique ? Comment contribuer ? Quelle place pour la jeunesse ? Au bout d’une heure et demi de débat, nous partageons unanimement cette ambition que l’universalité n’a de sens que si chaque pays, chaque territoire et chaque village sont reconnus dans ce qu’ils peuvent apporter au reste du monde. Il n’y a pas d’universalité sans cette reconnaissance de la  diversité. C’est le même discours que tient Maurice Thantan, le Président des bloggeurs du Bénin 

« Le numérique doit faire émerger l’authentique (…) il n’a d’intérêt que s’il apporte quelque-chose de nouveau ».

Maurice Thantan -Président des bloggeurs du Bénin 

 

Rencontre avec les journalistes Béninois

 

Les rendez-vous s’enchainent sur la même tonalité. Je ressens de la part de tous ceux que je rencontre une grande fierté et une incroyable envie d’échapper au risque de standardisation qui menace l’Humanité ; mais aussi une urgence car le processus de nivellement culturel risque de neutraliser progressivement ce que chaque civilisation peut apporter de meilleur et de singulier. Et ce risque est plus fort encore pour les pays dont la culture et les coutumes occupent une grande place, comme en Afrique.

« La préservation de la biodiversité nous préoccupe car nos modes de vie sont intimement liés à la qualité de l’écosystème dans lequel nous vivons ».

Fohla Mouftaou - fondateur de Green Keeper

Je poursuis mes rencontres.

« Travaillons sur les valeurs que l’on a en partage plutôt que de s’enfermer dans un rapport de force. L’homme est en train de devenir un produit. Qui porte encore les valeurs de l’Humanité ? ».

Florent Conao-Zotti - écrivain béninois

 

En écoutant les uns et les autres je me dis que les dirigeants du monde avancent comme s’ils expédiaient les affaires courantes sans prendre la mesure du bien commun, du temps long, de cette humanité que nous devons sans cesse questionner pour veiller à ce qu’elle s’épanouisse plutôt qu’elle ne subisse.

Rencontre avec l'écrivain Florent Conao Zotti

 

Lundi matin 7h00, je suis l’invité de l’émission matinale de la Télévision béninoise, l’ORTB.

« Chaque culture est un trésor pour le monde (…) Plutôt que de vouloir faire comme les autres, chaque pays doit se poser la question de ce qu’il peut faire que les autres ne font pas, ou de ce qu’il a que les autres pays n’ont pas »

Jean-Christophe Fromantin - Président du Comité ExpoFrance

Cette approche, je la défends bec et ongles car j’observe trop souvent les uns et les autres réduire leur ambition à essayer de faire ce que les autres font déjà. Le mimétisme participe de l’uniformisation du monde.

Les entrepreneurs ont bien compris cette dynamique de la diversité. Tour à tour, je rencontre Marie-Cécile Zinsou qui anime à Ouidah la Fondation éponyme pour promouvoir les artistes africains, Régis Ezin, fondateur de Dayelian qui revisite les traditionnels beignets à l’huile d’arachide dans une série de variations inattendues et Maureen Ayté qui met à la mode le pagne africain dans des déclinaisons contemporaines et créatives. Ils partent tous du même constat : le patrimoine est leur principal atout mais il faut sans cesse le réinventer pour le faire rayonner au delà des frontières, sans trahir pour autant les valeurs et les cultures qu’il véhicule. Pour cela ils innovent, ils créent et ils développent ; ils utilisent Instagram, Facebook ou Twitter pour promouvoir leurs produits ; ils agrègent autour d’eux des communautés de followers qui suivent leur développement, les encourage et les aident à se faire connaître. Je suis convaincu que cet enracinement de l’économie est la voie par laquelle la mondialisation réussira ; c’est celle que devraient adopter ceux qui nous gouvernent ; c’est sans doute dans cette direction que les Expositions universelles auraient dû aller pour rester fidèle à l’idée de progrès.

 

La rencontre avec le Directeur général de l’Agence de promotion du tourisme confirme cette approche :

« C’est grâce à partir de notre patrimoine mais aussi par la richesse de l’expérience-visiteur que nous réussirons à développer le tourisme ».

José Pilya - Directeur général de l’Agence de promotion du tourisme

J’ai terminé mon parcours au Bénin par un long échange avec le Professeur Victor Topanou. Passionnant. Je le rencontre au bar de mon Hôtel. Le rendez-vous a été calé in extremis sur les conseils de l’Ambassadeur de France. Il pose d’emblée une question fondamentale « Avant de parler de valeurs universelles, ne devons-nous pas nous interroger sur notre rapport à la vie – et d’ajouter – sommes-nous certains d’avoir tous la même conception de la vie ? Probablement non » A cette différence il répond par la tolérance. « C’est la première valeur universelle » rappelle le Professeur de Sciences sociales et ancien ministre du Bénin. Et c’est en cela que les Expositions universelles pourraient contribuer au progrès mais cela suppose qu’elles se réinventent pour porter des valeurs fortes et permettre à tous les pays d’y participer.

Je quitte le Bénin avec beaucoup d’espoir. Car je n’imaginais pas qu’un concept aussi complexe que l’universalité puisse susciter autant d’intérêt. Et surtout, je ne m’attendais pas à ce que tous mes interlocuteurs l’interprètent avec cette même conviction : que la diversité et l’altérité sont les valeurs qui fondent l’universalité.

Je monte dans l’avion avec l’idée que si les Européens ont inventé les Expositions universelles au XIXème siècle, il ne serait pas étonnant que les Africains les réinventent au XXIème siècle … À suivre !

 

Votre adresse de messagerie est uniquement utilisée pour vous envoyer les lettres d'information des Ateliers de l'Universel.
Vous pouvez à tout moment utiliser le lien de désabonnement intégré dans la newsletter.

Information

Ce site utilise des cookies pour enregistrer des informations sur votre ordinateur. Parmi ces informations, certaines sont essentielles au bon fonctionnement de notre site. D'autres nous aident à optimiser la visite des utilisateurs. En utilisant ce site, vous acceptez d'utiliser ces cookies. Consultez notre politique de confidentialité pour en savoir plus.