CARNET DE VOYAGE STRASBOURG : CONFERENCE DES OING AU CONSEIL DE L'EUROPE


CARNET DE VOYAGE STRASBOURG : CONFERENCE DES OING AU CONSEIL DE L'EUROPE

Mardi 9 avril, j’étais à Strasbourg, invité par la Commission Education et Culture de la Conférence des OING du Conseil de l’Europe. Une rencontre organisée avec la participation de l’UNESCO sur l’identité culturelle et les valeurs universelles. J’intervenais sur l’avenir des villes dans le contexte interculturel qui caractérise la mondialisation. Une problématique abordée par le Conseil de l’Europe dans le cadre de ses travaux.

Le Conseil de l’Europe à Strasbourg

 

Dans une première intervention, Manuel MONTOBBIO DE BALANZO, ambassadeur et représentant permanent de l’Espagne au Conseil de l’Europe a rappelé que notre vision (européenne) de l’universalité n’était certainement plus « universelle » ; que le monde polycentrique dans lequel nous sommes, participait de différentes définitions de l’universalité et qu’il nous appartenait de retrouver une définition universelle de l’universalité. « Nous ne sommes plus dans différents bateaux, mais dans le même bateau et personne ne s’occupe de la navigation ». Une façon d’alerter sur l’absence de gouvernance concertée sur les enjeux qui touchent l’ensemble de la planète. L’ambassadeur a également distingué « l’universalité ouverte » de « l’universalité fermée » opposant celle qui cherche des valeurs à partager à celle qui veut imposer les siennes. Un des enjeux du XXIème siècle est de rendre compatibles les universalités.

 

Dans le même esprit, Marco PASQUALINI et Francesco PEDRO, experts à l’UNESCO au sein des instances en charge de l’éducation, posent la question de l’ouverture des populations à la diversité du monde. Face à la montée des nationalismes, ils proposent un nouveau regard sur l’éducation – dans toutes ses dimensions, scolaires, sociales, médiatiques, politiques etc. –. Ils pointent les dégâts d’un affaiblissent de l’éducation et de l’impact des réseaux sociaux. « Ces deux phénomènes convergent ; ils amènent de plus en plus nos contemporains à voir le monde en noir ou blanc, perdant le sens des nuances et de l’altérité ». Selon eux, cette vision réduite du monde est sans doute la cause de l’extrême violence qui gangrène les sociétés contemporaines. Ils prônent trois valeurs universelles : la diversité, la solidarité et l’hospitalité. Ils proposent également le concept de « citoyenneté mondiale » pour stimuler le sentiment d’appartenance à une communauté mondiale et à ses (nouvelles) valeurs universelles. L’un comme l’autre, au nom de l’UNESCO, défendent l’idée que cette nouvelle citoyenneté s’inscrive pleinement aux côtés des citoyennetés nationales et dans la promotion de la diversité culturelle du monde.

Conférence des OING, commission éducation et culture, session de printemps

 

Avant de lancer mon intervention, Claude VIVIER-LE GOT, Présidente de la Commission m’a demandé de réagir sur la déclinaison de ces enjeux dans l’espace urbain. J’ai rappelé l’importance de l’espace public comme « bien commun urbain », vecteur essentiel de rencontre et de dialogue dans un monde de plus en plus caractérisé par l’individualisme et l’isolement.

« Dans une société dominée par l’hyper-concentration urbaine, l’espace public est un combat car il percute à chaque instant l’exigence de rendement que l’impératif de densification exige (…). C’est un enjeu universel si nous voulons éviter l’artificialisation des relations sociales via les technologies ».

Nous intervenions ensuite avec Carlos MORENO, scientifique Franco-Colombien, professeur à l’université Panthéon-Sorbonne et spécialiste des villes. Nos interventions portent sur les villes de demain et leur capacité à incarner les valeurs et les enjeux universels qui sont posés. Carlos MORENO rappelle les défis de l’urbanisation et, en particulier, les problèmes sociaux et environnementaux qui naissent de l’hyper-concentration urbaine. Il trace les lignes-forces d’un monde asymétrique au sein duquel les mégapoles asiatiques, africaines ou américaines viennent influencer une nouvelle organisation du monde. Il pointe les tensions géopolitiques qui émergent de ce nouvel ordre mondial. Selon lui, six défis vont caractériser les actions que nous devrons relever pour préserver l’humanité ; pour la planète : l’eau, l’air, l’ombre et, en particulier, pour les villes : l’espace, le temps et le silence. Six défis qui résonnent comme autant d’enjeux universels nouveaux, ainsi que l’évoquait l’ambassadeur Manuel MONTOBBIO DE BALANZO dans la précédente intervention. Et de rappeler qu’à l’idée de « smart city », on devrait substituer celle de « happy city », plus en phase avec les valeurs d’humanité auxquelles nous sommes attachées.

J’attaque mon intervention sur la même longueur d’onde, en interrogeant la notion de progrès – idée centrale dans le concept d’origine des Expositions universelles – par rapport à l’évolution des villes telles que nous les voyons grossir. « Elles nous entrainent à la fois vers des impasses culturelle, économique, sociale et environnementale (…) Qu’est-ce que ces villes qui accueillent des millions, voire des dizaines de millions d’habitants, vont incarner en termes de progrès ? ». Je développe sur chacune de ces impasses en pointant tour à tour la responsabilité des mégapoles, sur l’aplatissement culturel du monde, sur l’individualisme, sur l’affaiblissement de l’économie réelle par l’économie financière, sur l’explosion des inégalités sociales et sur la prolifération d’îlots de chaleur mettant en danger l’ensemble de l’humanité. « La mégapole interpelle les valeurs d’universalité dans la mesure où elle met en péril l’ensemble de ces enjeux ». Un autre modèle existe, grâce aux technologies qui potentiellement donnent à chacun la liberté de s’affranchir de la concentration urbaine sans renoncer à l’offre de service à laquelle il est habitué. « C’est une révolution anthropologique car ni la ville, ni le travail, ni la consommation n’ont plus vocation à être les déterminants de nos espaces de vie (…) à moyen terme, le bien être deviendra probablement le déterminant de nos projets de vie ». La véritable révolution n’est pas celle de l’innovation mais celle que la transformation numérique nous permettra d’opérer, en pleine conscience, pour choisir là où nous voulons vivre. L’usage que nous ferons du digital sera alors déterminant : sois nous le mettrons au service d’un projet de vie et il sera un vecteur de progrès ; soit il nous intégrera comme une data dynamique et il fera de nous une composante d’un projet d’entreprise. A nous de choisir entre le progrès et la servitude.

Je conclue en rappelant que, pour les jeunes que nous avions interrogés pour la candidature française à l’Exposition universelle de 2025, la valeur sous-jacente était « l’hospitalité » ; et que cette valeur incarne bien les échanges que nous avons lors de cette session au Conseil de l’Europe. La confiance, la culture et l’espace caractérisent cette universalité à laquelle nous aspirons.

Beaucoup de questions ont suivi nos échanges. J’en retiendrai une, sur le sens et l’avenir des villes-monde ? Ma réponse distingue celles de villes qui évolueront comme des isolats, ouvertes sur d’autres métropoles mais coupées des territoires qui les entourent ; de celles qui se mettront au service des territoires pour être des points de connexion avec le monde. Les premières deviendront des villes hors sols, les secondes tiendront la promesse d’une nouvelle cause universelle dont la diversité culturelle sera la raison d’être.

A suivre…

 

Les intervenants au colloque

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