Compte-rendu de l'atelier sur les religions face aux valeurs et enjeux de l'Universel au XXIè siècle


Le Rabbin Yann Boissière - Le Père Antoine Guggenheim - Le Pasteur Bruno Gaudelet - L'islamologue Ghaleb Bencheikh - Diane D'audiffret

Compte-rendu de l'atelier sur les religions face aux valeurs et enjeux de l'Universel au XXIè siècle

Le premier matin de l'Universel  sur le thème "Les religions face aux valeurs et enjeux de l'Universel au XXIè siècle" s'est tenu vendredi 12 octobre à Paris autour de 5 intervenants :

Diane D'audiffret : Docteur en Philosophie, co-fondatrice de UP for Humanness

Ghaleb Bencheikh : Physicien, islamologue, membre du bureau pour la fondation de l'Islam de France et Président de la conférence mondiale des religions pour la paix,

Yann Boissière : Rabbin du mouvement juif de France. Président de l'association Les voix de la paix,

Bruno Gaudelet : Pasteur de l'Eglise reformée. Docteur en philosophie,

Antoine Guggenheim : Prêtre, fondateur et ancien directeur du pole de recherche des Bernardins, fondateur du Think Tank Up for Humaness

 

COMPTE RENDU DE CE PREMIER ATELIER

Réunis autour de la question « Y-a-t-il un bien commun, commun aux religions, qui porterait des valeurs universelles », les débats et éclairages de nos invités ont convergé vers plusieurs idées fortes et partagées, témoignage de la prééminence d’une fraternité universelle, au-delà de la diversité des croyances.

 

 

C’est la science qui nous apprend l’universalité de l’humain et sa diversité. Nous sommes tous le fruit de la rencontre de multiples altérités et uniques, grâce au brassage des gènes hérités de nos ascendants. Nous sommes tous liés les uns aux autres et notre génome est le fruit de l’héritage à travers les siècles des gênes propres à l’espèce humaine. Mêlant le regard de la biologiste à celui de la philosophe Diane d’Audiffret résume ainsi cette évidence : « l’autre est en chacun de nous ; l’humanité est une, dans sa diversité ».

Dans le domaine religieux, la formulation du Rabbin Yann Boissière est consensuelle :

 

« Il n’y a pas d’universalisme, sans altérité, sans identité et sans culture de son identité ». Yann Boissière 

 

Pour illustrer son propos, il propose la métaphore de la musique. On ne peut faire de la musique qu’à travers un instrument, précis, exigent, disciplinaire. C’est au prix de travail régulier que finalement on atteint à la musique et on touche à quelque chose d’universel. « Une religion est un chemin vers l’universel » souligne le Père Antoine Guggenheim.

 

Une condamnation unanime de la violence

Ghaled Bencheikh évoque le besoin de transcendance, la soif de spiritualité, auxquels la religion est une réponse audible. La condition est qu’elle respecte la dignité de l’homme, sa liberté morale de croire ou ne pas croire mais n’oblige par la violence ou la terreur à ce qui relève de la croyance libre et spontanée.  L’unanimité se fait autour d’une nécessité absolue de désacraliser la violence, de ne pas donner une once de légitimité à quelque violence que ce soit. On ne peut pas prétendre à l’universel en imposant à autrui par la violence ce qui doit être soumis à débat.

 

Enracinement et ouverture : une évidence et une nécessité pour chaque religion

 « On n’osera pas l’ouverture, on n’ira pas voir autrui, on n’élargira pas l’horizon si on n’est pas enraciné, si on ne connait pas son patrimoine, sa culture. C’est le fait d’enracinement qui pousse à une dialectique heureuse ». Ghaled Bencheikh

Pour illustrer ses propos, Ghaled Bencheikh évoque la patineuse artistique qui ose un triple axel lorsqu’elle a une bonne colonne vertébrale. Elle n’osera pas cette figure si elle n’est pas bien ancrée physiquement, si elle ne maitrise pas parfaitement sa discipline.

Tous nos invités s’accordent sur cette double nécessité, contenue dans l’étymologie même du mot religion : relire et relier. Relire les textes fondateurs, approfondir ses racines et aller vers l’autre. Non seulement tolérer ou respecter l’autre, mais l’accueillir pour interroger ses propres certitudes, ses pratiques…Le regard de l’autre est nécessaire, au risque de l’enfermement et, pour chaque religion, de n’être qu’une communauté qui fonctionnerait comme un parti politique. Ghaled Bencheikh nous dit : « Sans masochisme, sans dolorisme, j’ai besoin du regard de l’autre même quand il me déplait et peut être surtout quand il me déplait car c’est là qu’il me renvoie sonder les strates les plus archaïques de moi-même ».

Le Père Antoine Guggenheim souligne qu’appartenir à une religion, c’est appartenir à une tradition, à une histoire, une histoire vivante qui nous oblige à « se mettre en capacité de fidélité créatrice : fidélité à mes racines et créatrice car on doit se renouveler pour accompagner changements et mutations ».

 

Passer de l’interreligieux à « l’interconvictionnel » : l’ouverture au-delà des religions, vers le monde laïc.

 

Les religions ont ce double devoir d’enracinement et d’ouverture. C’est même une responsabilité des acteurs publics : aider les religions pour qu’elles puissent travailler à l’enracinement de leurs fidèles et exiger d’elles l’ouverture. La déclaration des droits de l’homme demande à chacun de se conduire de manière fraternelle, ce même devoir doit toucher chaque religion.

Cette ouverture s’entend vers les autres religions mais aussi vers les 40% de la population qui sont en dehors du fait religieux. « Les religions, c’est une pluralité qui ne totalise pas » souligne le Père Guggenheim.

 

« Il y a de la place pour d’autres religions à naître ou disparaitre et la nécessité d’un dialogue entre agnostiques, athées et religieux. L’espace public ne doit pas appartenir à une religion ni à leur somme. Chaque culture doit produire sa modernité laïque. » Antoine Guggenheim

 

Dans ce même esprit Le Rabbin Yann Boissière souligne « qu’il faut décloisonner les religions, aller au-delà de l’interreligieux, plus largement vers toutes les personnes qui ont des convictions spirituelles, avec ou sans Dieu, et même des personnes qui ne se définissent pas sous forme de spiritualité mais qui ont des engagements dans la société. : des artistes, des hommes de l’entreprise...tous ceux qui portent des convictions. »

 

 

Le Pasteur Bruno Gaudelet souligne lui aussi ce devoir de nous heurter à des cultures différentes, de questionner nos fondements, au-delà de notre humanisme occidental. Un humanisme, qui même lorsqu’il est athée a été façonné par les religions monothéistes et peut même être interprété comme une sécularisation de l’Evangile. 

 

Et les femmes ? Penser leur place dans les religions est essentiel pour la capacite d’ouverture.

 

Sans militantisme, dans l’ouverture à l’altérité, dans la considération de l’égalité des êtres, on ne peut s’exonérer de penser le rôle des femmes dans les religions. Diane d’Audiffret souligne la perception et l’expérience particulière, charnelle qu’a la femme de l’altérité. La maternité lui donne d’accueillir un être qui est un peu d’elle-même mais qui est autre. Par ailleurs s’invite très vite à sa conscience la responsabilité d’inviter ce petit être à rencontrer le reste du monde à s’ouvrir au monde. « La femme ne met pas bas, elle met au monde ». A chaque naissance elle vivra les différences innées qui sont en chaque être. Penser la place des femmes dans les religions, le dogme, les rites et les pratiques est juste essentiel pour la capacite de rencontre des uns et des autres.

 

De la communauté à l’assemblée : une variation sémantique, illustration de l’ouverture et de la diversité.

 

Les journalistes et les sociologues ont imposé le nom de communauté autour des religions : communauté catholique, juive, musulmane…qui ramène ou réduit à ce qui est commun. Le Père Antoine Guggenheim mentionne la bible qui propose kahal, « assemblée ». L’idée est que nous nous assemblons non par ce que nous avons en commun et contre ceux qui ont « d’autres communs », mais par ce qui nous attire, dans la diversité. Nous sommes assemblés, ouverts et nous faisons l’expérience de la diversité, du respect, de la dignité en permettant à chacun de s’exprimer loin du communautarisme et du repli.

 

Dans l’ère critique que nous traversons avec le questionnement des fondements qui structurent notre monde, le seul fondement vraiment universel ne serait-il pas l’amour – au sens Agapè ?

 

La science, l’ethnologie, la sociologie, la théologie…toutes les disciplines ébranlent les fondements qui étayent nos vies et nos croyances. Nos religions, notre humanisme, notre philosophie ne peuvent revendiquer un fondement absolu. Dans ce monde en bouleversement, le Pasteur Bruno Gaudelet suggère que s’il y a un seul fondement de l’universel ce pourrait-être l’amour au sens Agapè  (ἀγάπη) : l'amour désintéressé, divin, universel, inconditionnel de l’Evangile, qu’on retrouve dans la Thora et le Coran ; l’amour qui dans le sens du monothéisme occidental, athée ou croyant est le bien commun.

« Vouloir construire un monde plus juste, plus fraternel, un monde avec plus d’amour est le seul fondement que je vois à notre humanisme." Bruno Gaudelet

 Est-ce un fondement universel ? On peut en discuter. C’est l’amour et nous pouvons le défendre, l’argumenter, car si nous voulons que les enfants du monde aient un avenir, c’est l’amour qui est la valeur universelle à défendre. »

 

 

 

 

 Bruno Gaudelet : S'il faut chercher un fondement Universel à notre agir, c'est celui de l'amour au sens d'Agapé, c'est à dire de la bienveillance et du bien commun afin de chercher à construire un monde viable pour tout le monde."

 

Yann Boissière "Les religions ne sont pas les seules à avoir des visions. Les artistes, les entreprises..en ont aussi. Aujourd'hui nous sommes dans une phase où il faut décloisonner les écosystèmes de chacun et se parler"

 

Antoine Guggenheim "Ce qui est riche, ce ne sont pas les traditions mais ce que les personnes disent".

 

Ghaleb Bencheikh « Il était important qu’il y ait un tel atelier pour parler, sous la clé de voûte de la laïcité, de spiritualité, de philosophie de ce qui fait courir l’homme afin de batîr ensemble une société humaine et solidaire. »

 

 

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