Cycle d'entretiens sur la fraternité : La fraternité n’est jamais acquise


Cycle d'entretiens sur la fraternité : La fraternité n’est jamais acquise

 

Dès les premières lignes de la Bible, dans le différend qui oppose Caïn et Abel, la fraternité est mise à dure épreuve. L’offrande de l’un à Dieu est préférée à celle de l’autre. Elle se termine par le meurtre d’Abel par son propre frère Caïn. Le Pape dès les premières pages de son Encyclique Fratelli Tutti, relève l’échange qui s’en suit entre Dieu et Caïn « Où est ton frère ? » puis la réponse de Caïn « Suis-je le gardien de mon frère ? ». De ces quelques lignes apparait la question centrale de l’indifférence. Entre frères. Dès la Genèse Une indifférence affichée en particulier par Abel qui ne prononce aucune parole tandis que son frère la monopolise. Des risques et des menaces d’un monde dont la fraternité ne serait plus que l’apanage d’un vague et lointain sentimentalisme religieux.

 

L’histoire de Caïn et Abel incarne beaucoup des travers qui mettent en risque la fraternité. Parmi ces travers, la peur et le conflit apparaissent clairement comme des obstacles centraux à la fraternité. Caïn et Abel sont différents. L’un est nomade, l’autre sédentaire. L’un offre le produit du sol, l’autre le premier né de son troupeau. Le sujet n’est pas tant de savoir si l’un l’emporte sur l’autre. Car le monde se construit dans la diversité. Mais de comprendre que l’un se méfie de l’autre. Caïn ne recherche pas le dialogue avec son frère, sa méfiance l’envahit jusqu’à le tuer. La radicalité, telle qu’elle apparait dans cet épisode de la Genèse, marque la peur des différences et la fuite vers l’indifférence pour s’en préserver.

 

La fraternité n’est jamais acquise. Elle est un mouvement, voire un défi, qui se gagne chaque jour. C’est la raison pour laquelle le Pape rappelle sa contemporanéité. A l’aune des menaces qui nous isolent et d’une matérialité qui nous obsède. « Nous voyons comment règne une indifférence commode, froide et globalisée, qui se cache derrière le leurre d’une illusion : croire que nous pouvons être tout-puissants et oublier que nous sommes dans le même bateau (…) L’isolement et le repli sur soi ou sur ses propres intérêts ne sont jamais la voie à suivre pour redonner l’espérance et opérer un renouvellement, mais c’est la proximité, c’est la culture de la rencontre ». Les juifs prient avec le « nous » comme pronom personnel, rappelant combien nous sommes engagés chaque jour dans une histoire collective dont la fraternité est le ciment. La communion chez les Chrétiens rappelle la dimension transcendante de la fraternité. La fraternité authentique suppose que nous acceptions de sortir d’un entre-soi qui nous appauvrit et nous fragilise. L’altérité entre égaux n’est pas porteuse de fruits. Nous devons accepter l’imprévu et éveiller la curiosité ; il nous appartient d’oser déconstruire des schémas trop rigides pour accepter tout ce qui participe des événements de la vie, de sa richesse et de ses difficultés. C’est à cette aune que la vie est réellement vécue.

 

Au cœur de nos méfiances, à l’instar de celles qui s’est installée entre Caïn et Abel, la peur est omniprésente. Elle s’incarne dans l’agressivité, la jalousie ou l’indifférence. Dans tous les cas elle trahit un sentiment de faiblesse, voire de doutes, vis-à-vis de de nos propres racines. « Il n’y a pas de pire aliénation que de faire l’expérience de ne pas avoir de racines » rappelle le Pape François dans son Encyclique. Au risque que nous indexions nos vies sur l’air du temps, des modes et des tendances, mais aussi des conflits et des tensions. En oubliant que « la mémoire est une matière qui a vocation à produire un imaginaire commun partagé, ce qui fait beaucoup défaut aujourd’hui » comme le rappelait récemment le Président de la République. Or, nos peurs prospèrent dans le vide de nos vies. Dans son acception globale, hyper-connecté, en permanente communication, le monde actuel appelle, plus que jamais, à ce que nous renforcions nos racines et à ce que nous affermissions nos valeurs. « La pauvreté, la décadence, les souffrances, où que ce soit dans le monde, sont un terreau silencieux pour les problèmes qui finiront par affecter toute la planète (…) Si cela a toujours été vrai, ce l’est plus que jamais dans un monde très connecté par la globalisation ». Nos cultures, nos religions, notre éducation, l’héritage national ou l’idéal européen participent de ces racines qui qualifient notre ouverture au monde et permettent d’engager, dans la sérénité, un dialogue avec ceux vers lesquels nous n’allons pas naturellement. Le dialogue inter-religieux est à l’image de cette réalité. Il se développe d’autant mieux que chaque locuteur est ancré solidement dans la conviction et les connaissances qui postulent de sa foi. Pour autant, cette solidité - dont l’étymologie est commune à la solidarité - n’existe réellement que si elle s’incarne dans le service. Dans notre conscience de la fragilité de chacun et du besoin que nous avons des autres. « Le service n’est jamais idéologique - nous dit le Pape - puisqu’il ne sert pas des idées mais des personnes ». C’est à cette condition de la gratuité que la fraternité trouve son sens. « Lorsque tu vendangeras ta vigne, tu n’iras rien y grappiller ensuite. Ce qui restera sera pour l’étranger, l’orphelin et la veuve. Et tu te souviendras que tu as été en servitude au pays d’Egypte » (Dt, 24, 21-22)

 

Si la Bible a posé le sujet de la fraternité à la genèse de l’humanité c’est qu’elle en constitue une des fondations. Si nous sentons le besoin de réaffirmer son urgence c’est parce que les crises nous rappellent les fragilités de l’humanité. Cependant avant de se construire dans des macro-relations, à la main des Etats ou des instances internationales, elle se façonne à chaque instant dans la bienveillance et la reconnaissance de la dignité de chacun. C’est cette subsidiarité qu’il nous appartient de faire vivre. Elle est simplement le socle de la fraternité.

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