Cycle d'entretiens sur la fraternité : La fraternité, une affaire de famille


Cycle d'entretiens sur la fraternité : La fraternité, une affaire de famille

 

La famille est d’abord une alvéole de fraternité. Elle permet de faire des « expériences déterminantes de paix » aimait à dire Benoît XVI. De l’apprentissage des premiers pas jusqu’à la transmission d’une langue et d’une culture, elle incarne cet entrelacs qui associe conscience et confiance pour former autant d’espaces singuliers de croissance et d’épanouissement. « Elles (les familles) constituent le premier lieu où se vivent et se transmettent les valeurs de l’amour et de la fraternité, de la convivialité et du partage, de l’attention et du soin de l’autre » rappelle le Pape dès les premières pages de son encyclique. Tout est dit. L’humanité se façonne dans ces micro-constructions à la fois sensibles et spirituelles, élémentaires et fondamentales.

 

La fraternité commence dans la rencontre de l’altérité qui s’éprouve à travers les différences de sexe et d’âge qui constituent la famille ; elle prend forme dans la longue patience du quotidien familial. Puis elle s’ouvre au-delà, à la rencontre d’autres différences, dans un esprit de tolérance et de bienveillance. Elle se déploie alors en responsabilité, avec et pour autrui, exercée devant les enjeux, les opportunités et les et fragilités qui jalonnent nos vies. La fraternité n’a donc rien d’immédiat et n’est jamais acquise; elle procède d’un mouvement dynamique, vivant, évolutif, sans cesse sollicité. Elle rythme la vie dans toutes ses dimensions. « C’est un mouvement qui part du cœur, insiste François, et arrive aux yeux, aux oreilles et aux mains ». Elle est « artisanale » : elle se façonne dans l’observation, dans l’écoute et dans l’action. Tous les sens ouvrent sur la fraternité.

 

Dans ce cheminement, la sollicitude éducative est sans doute une des incarnations les plus authentiques de la fraternité ; elle ne relève ni d’un « donnant-donnant », ni d’une simple obligation légale : elle est gratuite. Elle s’épanouit dans la transmission d’une culture qui porte en germe nos valeurs. « Un pays qui progresse à partir de son substrat culturel original est un trésor pour l’humanité tout entière », souligne François pour marquer combien l’éducation est aussi une contribution au bien commun de l’humanité. La mémoire et l’histoire, la littérature, la philosophie sont un terreau fertile sur lequel la fraternité prospère. L’enchainement des encycliques Laudato Si et Fratelli Tutti corrobore le lien fondamental entre la terre et l’humanité. Le monde hors-sol n’existe pas. « Il n’y a pas de pire aliénation que de faire l’expérience de ne pas avoir de racines, de n’appartenir à personne » alertait le Pape à Tallin en 2018. L’éducation est enracinée, c’est pourquoi elle enracine ; elle tire de la culture sa matière première.

Une autre condition pour une éducation à la fraternité réside dans la cohérence entre le langage et son sens. C’est l’enjeu de la vérité dans le dialogue. Car le dialogue se construit sur la vérité des mots, fidèles à leur étymologie et aux idées qu’ils expriment. Il suppose une confiance partagée dans le sens qui leur est donné par chacun. Quand les mots sont dénaturés, détournés, instrumentalisés, pour servir des intérêts particuliers, de pouvoir, de séduction ou de profit, c’est toute la société qui est menacée. Que reste-t-il alors de la sincérité ? « Les héros de l’avenir seront ceux qui décideront de défendre avec respect un langage chargé de vérité, au-delà des avantages personnels » rappelle le Pape. Là encore l’éducation, en particulier scolaire, est centrale : une fraternité sans langage commun est impossible.

 

En 2007, à l’occasion de la Journée mondiale de la prière pour la paix, le Pape Benoit XVI développait son message sur « la famille humaine, communauté de paix ». La métaphore de la famille est précieuse pour poser les enjeux politiques essentiels et universels. Benoît XVI parlait de « communauté sociale », le Pape François parle de « communauté culturelle ». Dans un cas comme dans l’autre, la fraternité s’inscrit dans la reconnaissance des communs que nous partageons mais aussi des singularités que nous aspirons à partager. Pourtant cette double reconnaissance est compliquée. Les tensions sont nombreuses entre le local et le global dont chacun s’emploie à faire porter à l’autre les nouveaux maux de l’humanité. Entre le repli sur soi, empreint de populisme, et la mondialisation accélérée, témoin de l’indifférence et de l’uniformisation, la fraternité universelle a du mal à trouver son chemin. Sauf à l’inscrire dans l’idée de famille humaine avec la même terre en partage. Sauf à reconnaitre les atouts propres à chacun et les avantages comparatifs qui s’y rattachent. « Il n’est pas possible d’être local sans une ouverture sincère et avenante à l’universel » souligne le Pape François. Or, cette tension est féconde. Elle l’est d’autant plus dans un monde interconnecté où les échanges donnent à chacun l’opportunité de vivre pleinement l’altérité. L’économie est sans doute un de ces terrains fertiles puisqu’elle offre à tous l’opportunité de faire découvrir au monde ce qu’il produit d’authentique et de différenciant. Les signaux sont nombreux qui démontrent, s’il en est besoin, l’appétence des peuples pour la découverte et la rencontre. Il nous appartient de créer les bonnes conditions au service de ces macro-relations politiques, économiques et sociales à la croisée du local et du global. Elles sont les armatures structurantes et pérennes de la fraternité.

 

« Outillons nos enfants aux armes du dialogue ! Enseignons-leur le bon combat de la rencontre ! » clame François. Là est l’essentiel. Au sein de la cellule familiale comme dans la famille humaine, l’altérité se façonne dans l’échange. Gardons la subsidiarité comme construction politique. C’est à cette aune que les micro relations révéleront les principes fondateurs d’une société de confiance.

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