Cycle d'entretiens sur la fraternité : La vie, c’est la fraternité.


Cycle d'entretiens sur la fraternité : La vie, c’est la fraternité.

 

La fraternité est le parent pauvre de notre devise républicaine. On s’est surtout focalisé sur la liberté et l’égalité. Pourtant, la fraternité est le ciment de tout groupe humain, et donc d’une nation ; et plus que jamais la crise que nous vivons souligne ce besoin que nous en avons. On parle actuellement beaucoup des initiatives de solidarité suscitées par la détresse commune, pourquoi ne pas mettre en évidence davantage la fraternité ? L’une se décrète et s’organise, l’autre se tisse patiemment dans l’épaisseur de l’humanité. Les deux font parties des équilibres fondamentaux de notre société. Dans l’encyclique Fratelli Tutti, le Pape François ouvre cette fenêtre sur la fraternité en rappelant opportunément quels en sont les menaces, les sous-jacents et les bénéfices. « Rêvons ensemble en tant qu’une seule et même humanité » rappelle le Pape, nous invitant à pénétrer les angles-morts du nouveau monde ; à faire l’inventaire des risques et des carences qui caractérisent la société contemporaine.

 

Alors que la solidarité procède davantage de systèmes correcteurs, individuels ou collectifs, la fraternité se situe sur un tout autre plan. Elle interpelle notre histoire, nos cultures et nos relations humaines ; elle s’inscrit dans un principe politique essentiel qui interroge chaque personne sur le sens des relations qu’elle construit avec les autres. C’est à l’aune de cette conviction que le Pape rappelle les prérequis de la fraternité ; qu’il démonte les mécanismes qui progressivement annihilent la réalisation d’une société moderne. La promesse d’un nouveau monde appelle davantage de profondeur et d’engagement.

 

La fraternité suppose une conscience entière de la grandeur de l’être humain. De sa dignité, de ses richesses. Le Pape rappelle très justement la place des religions dans cette construction de la grandeur. Non pas en cherchant à les réduire à une forme exclusive de pensée, comme il devient courant de le faire, mais en ce qu’elles portent des valeurs d’ouverture et d’espérance. « Si la vérité transcendante n’est pas reconnue, la force du pouvoir triomphe » dit le Pape. Il rappelle l’importance des cultures en ce qu’elles constituent la trame des relations humaines ; elles portent l’héritage religieux et l’exigence de liberté qui s’y attachent. Les cultures sont fondées dans des réalités géographiques qui ont façonnés autant de biens communs que de destins communs. Elles fondent l’envie et l’enthousiasme souligne le Pape. Cela est essentiel, car la fraternité se vit au quotidien, comme un artisanat. La métaphore est importante en ce qu’elle démontre la granularité et la permanence de la fraternité. La crise actuelle révèle plus que jamais la pertinence de cet « artisanat ». Toutes les micro-relations matinées de bienveillance et d’attentions forment ce substrat de fraternité. Y compris via les nouvelles technologies quand elles ouvrent à la coopération. Ces micro-relations permettent de passer les crises sans que nous perdions de vue le primat de la vie et la participation de tous à une même communauté humaine.

 

En parallèle le Pape - fort d’un parcours dont les méandres contrastent avec une approche quelque peu conservatrice - s’emploie à alerter sur les évolutions et sur tous les mirages qui entament ce substrat. « Le ‘sauve qui peut’ deviendra vite un ‘tous contre tous’ et ceci sera pire qu’une pandémie » prévient François. Comme si la fraternité était à l’humanité ce que la couche d’ozone est au climat : un bouclier protecteur qui préserve le monde des artefacts et de ses dérives. Le Pape n’est pas avare en critiques. Il alerte. Le relativisme qui isole. La politique en ce qu’elle s’arcboute sur des contingences égoïstes et de court terme. La technologie qui stimule le sentiment de toute-puissance et renforce l’individualisme. Le centralisme qui affranchit des responsabilités partagées et provoque de graves pertes de confiance. L’indifférence. Les frontières en ce qu’elles procurent une illusion de sécurité immédiate plutôt qu’une perspective d’altérité et d’enrichissement mutuel.

 

La fraternité relève d’actes individuels et de relations interpersonnelles, mais comme cette encyclique est un document à la fois spirituel et politique – il est l’œuvre d’un pape très politique – elle peut être une source d’inspiration pour les gouvernants. A la fois sur les valeurs qui les animent, sur leur vision de la société et sur les décisions à prendre. Pour qu’ils cherchent à bâtir un terrain fertile à l’expression de la fraternité. Pour qu’ils transforment les processus artisanaux en macro-relations de nature à construire durablement les conditions de relations authentiques et fraternelles.

Deux idées sont essentielles pour permettre à la fraternité de prospérer dans le nouveau paradigme globalisé que nous connaissons :

La préservation des cultures. Elles participent d’une diversité enracinée qui permet le développement d’un projet économique et social au sein duquel la dignité existe. Il n’y a pas de pacte social dans le pacte culturel souligne le Pape. La subsidiarité. Elle assure une construction politique ouverte à l’initiative, à la responsabilité et à la créativité. Car les crises que nous traversons sont d’autant plus difficiles à vivre que les réponses resteront l’apanage d’élites.

Sans ces deux piliers, il est fort à craindre que la fraternité s’efface sous le triple effet de l’aplatissement culturel, des ambitions centralisatrices et d’un relativisme pragmatique dont la performance économique deviendra naturellement l’unique référentiel. Pour l’un comme pour l’autre de ces piliers - de diversité culturelle et de subsidiarité - les territoires et ceux qui y vivent cristallisent les singularités et renforcent la confiance. Ils ouvrent une voie. « Je ne rencontre pas l’autre si je ne possède pas un substrat dans lequel je suis ancré et enraciné rappelle le Pape François, car c’est de là que je peux accueillir le don de l’autre et lui offrir quelque chose d’authentique ».

Fratelli Tutti touche à l’universel. Dans cette période d’enchaînement de doutes et de crises, l’encyclique met en garde contre les « soumissions idéologiques ou économiques » et remet la politique au centre. Elle repositionne les relations entre les Hommes au cœur de nos projets. Comme cette réponse cinglante de Jules Renard à quelqu’un qui lui disait ne pas vouloir s’occuper de politique : « C’est comme si vous me disiez, je ne m’occupe pas de la vie ».

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