Cycle d'entretiens sur la fraternité : Pas de fraternité sans chaines de valeur


Cycle d'entretiens sur la fraternité : Pas de fraternité sans chaines de valeur

 

« Puisqu’elle suppose valorisation et respect, la bienveillance transfigure profondément le mode de vie, les relations sociales et la façon de débattre et de confronter les idées, lorsqu’elle devient culture dans une société ». Ce regard que le Pape François porte sur la bienveillance dans l’Encyclique Fratelli Tutti, pourrait sembler totalement hétérodoxe par rapport aux canons de l’efficacité et de performance. En particulier au sein d’une entreprise dont le référentiel participe davantage des codes de la compétition que de ceux de la fraternité. Et pourtant. N’est-elle pas justement une des valeurs centrales dont la société a tant besoin ?

 

La bienveillance est inspirée par deux valeurs socles : l’altérité et l’hospitalité.

L’altérité. C’est la disposition par laquelle on considère l’utilité de chacun. Sa dignité. Sa capacité à proposer des idées. A nous enrichir mutuellement. L’altérité est consubstantielle de la créativité. L’entreprise tire une part de sa raison d’être dans sa capacité à reconnaitre la diversité des talents et leur potentiel de richesse. Car l’enjeu de la diversité est indissociable d’une compétitivité plus éthique mais non moins efficace. Chez Michel et Augustin, chacun est « chasseur de papillon » en ce qu’il est invité à proposer ses idées. Dans l’intérêt de tous.

Mais l’altérité nécessite une mise en condition ; elle suppose aussi l’hospitalité. A l’heure où les technologies consacrent la notion de communauté, il faut s’interroger sur le cours des relations humaines ; si les réseaux digitaux dits « sociaux » deviennent l’unique support de rencontre et de partage, il est à craindre une artificialisation des rapports humains et à terme, un appauvrissement de tous. Or, la vraie rencontre – celle qui crée la confiance – est authentique. Elle se noue dans la vie réelle. L’espace a un sens. Ouvrir les portes. Créer des ponts. Faire tomber des murs. Être curieux. Se rencontrer. La vocation des entreprises s’inscrit dans ces finalités concrètes. Elles évoluent dans un espace physique ; un terreau fertile où chaque personne compte. Chez Michel et Augustin, cet espace s’appelle La Bananeraie. Il est ouvert et formidablement effervescent. « L’hospitalité est une manière concrète de ne pas se priver de ce défi et de ce don qu’est la rencontre avec l’humanité, indépendamment du groupe d’appartenance » rappelle le Pape François. Immense défi que celui de s’extraire d’un entre-soi si confortable, si rassurant et parfois exclusif du reste du monde, voire égoïste. C’est à cette condition d’ouverture et d’hospitalité que l’ébullition créatrice se produit.

 

L’authenticité, mais aussi la cohérence et la transparence, forment ce corpus de valeurs qui façonnent la fraternité. Car un véritable collectif qui fonctionne en confiance, ne supporte ni les biais, ni la démagogie, ni l’asymétrie. Ni l’indifférence vis-à-vis des plus petits. Jusqu’à devenir une « tribu » avec ses codes, ses rites et ses coutumes. Ces signes et ces signaux n’ont rien de folkloriques ; ils ne relèvent ni d’artefacts marketing, ni des prescriptions de gourous experts ès-management. Bien au contraire. Ils n’existent que parce qu’ils sont sincères. Ils façonnent patiemment mais solidement une culture singulière et un climat de confiance dans l’entreprise. Ils sont marqués par autant d’attentions qui ancrent la fraternité dans des actes quotidiens. Chez Michel et Augustin, cette culture des « petites attentions » a permis de réconcilier les idéaux avec l’environnement professionnel. Chacun a sa place dans la tribu. La tribu est bienveillante. Quand le Pape appelle à la fraternité, il rappelle à juste titre qu’il n’y a pas de pacte social sans pacte culturel.

Le consommateur n’est pas exclu de cette tribu, ni de ce pacte, ni par conséquent de cette culture. Bien qu’il ait un statut différent, il n’en est pas moins partie prenante. C’est dans ce sens que les valeurs de cohérence et de transparence sont essentielles. La production, la promesse de qualité, les ingrédients, les partenaires sont soumis aux mêmes contingences d’authenticité que celles qui régissent la vie de la communauté. Les valeurs ne sont pas à géométrie variable, opposant le discours à la réalité. Ni la bienveillance à l’efficacité. Elles sont centrales et non négociables. Dans un monde global dont le risque est réel qu’il aplanisse les cultures, l’économie trouvera un sens dans ce que chaque entreprise se distinguera par une culture propre dont les valeurs resteront les mêmes de la création jusqu’à la relation avec ses clients. La supply chain, que la mondialisation des échanges a révélé comme gage de performance des systèmes de production, ne se traduit-elle pas en français par chaine de valeur ? C’est à l’aune de la signification qu’elle donne au mot « valeur » que l’entreprise participe ou non d’un bien commun universel dont la dignité de chacun constitue la base. « La vraie sagesse suppose la conformité avec la réalité » rappelle le Pape. Le risque de la globalisation est celui d’une économie dont la compétition deviendrait la règle et le souci des autres l’accessoire. L’entreprise deviendrait alors une fin en soi, à la merci exclusive des scores, des taux et des ratios. Alors qu’elle n’est qu’un moyen au service des Hommes.

 

La reconnaissance des talents et des fragilités sont sans doute les garde-fous d’une économie contingente. Elle pose avec acuité et profondeur la question de l’utilité de la personne humaine. L’utilité se dilue dans l’indifférence. Elle se révèle dans la bienveillance. Gage essentiel de fraternité.

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