Tant que la paix ne sera pas une utopie, l’espérance fera son œuvre.


Tant que la paix ne sera pas une utopie, l’espérance fera son œuvre.

Ouidded Bouchamaoui, cheffe d’entreprise, Prix Nobel de la Paix 2015, membre du quartet du dialogue national tunisien.

 

Le monde semble las. Comme frappé d’une paralysie dont la Covid aurait accentué les symptômes autant que les conséquences. Avec une perte de goût qui caractérise une forme de résignation. Le monde s’observe sans conviction, et parfois sans réaction. Quelques-uns haussent le ton, quand d’autres courbent le dos. Les pays en voie de développement se sentent délaissés, oubliés. Leurs problèmes s’encalminent. Malgré les enjeux, les crises ou les frottements, les inerties dominent. Une question se pose alors avec acuité : Quel idéal commun poursuivons-nous ? La recherche d’une paix durable ? Même pas évident au regard des tensions qui prospèrent. Quand les nouveaux égoïsmes, érigés en idéologies modernes, laissent indifférents une partie de l’humanité.

 

La séquence que nous vivons a toutes les caractéristiques d’une fin de cycle : laborieuse, sans perspectives, fataliste et parfois vide de sens. Il serait presque tentant de s’y résoudre, de choisir le confort, le silence, - et de miser sur le temps qui passe pour qu’à cette fin de cycle se substitue un nouveau temps plus favorable -. Les difficultés ne semblent trouver des solutions que provisoires. La Lybie, l’Irak, la Syrie, le Yémen ou le Liban témoignent de l’impuissance de la communauté internationale à trouver des solutions durables. Les mouvements migratoires ressemblent à des courants dont on ne cherche même plus à comprendre les causes, ni à combattre les effets. Malgré les victimes. Comme si nous étions dépassés d’un bout à l’autre. Passifs. Fatalistes. Endormis ? Nous le sommes presque. 

Heureusement la nature humaine possède ce fantastique ressort qu’on appelle la raison. Elle ne s’active pas sur commande mais elle réagit spontanément quand le contexte l’exige. Elle est souvent incarnée par des personnalités, des équipes ou des mouvements dont le charisme amplifie le rayonnement et accélère l’efficacité. Le prix Nobel de la Paix attribué en 2015 au quartet du dialogue national tunisien procédait de cette raison. Il représentait une cause commune qui dépassait ceux qui en étaient les promoteurs. Mais le charisme a opéré, la cause était juste et les transformations ont suivi. Le monde a avancé parce que la paix risquait de devenir une utopie. Parce que la raison a saisi la société civile, libre, responsable, et libérée de toute ambition personnelle.

Les crises que nous vivons interpellent la raison. Elles interrogent notre conscience collective. Nos espérances deviendraient-elles de nouvelles utopies ? Il est urgent de ne pas s’y résoudre. La paix est à ce prix. 

La servitude, dans toutes ses composantes, y compris technologique, se défie d’abord par l’éducation et la culture. Les espaces culturels ne doivent pas céder la place aux espaces virtuels. Notre histoire, nos savoir-faire, nos familles, nos traditions ne doivent pas perdre de terrain au profit d’un monde standardisé, aseptisé, vide de sens. Notre jeunesse - dont l’enthousiasme est la raison d’être - a cette responsabilité si particulière de réagir, de résister et d’alerter sur les perspectives d’avenir. Elle ne doit pas se laisser enfermer dans le monde pré-formaté des réseaux sociaux. Les contacts que les technologies permettent d’établir n’ont pas la valeur que les relations authentiques nous permettent de construire. L’esprit critique est essentiel. Il se forge à l’aune de notre capacité collective à promouvoir les valeurs qui nous sont transmises, et que nous devons à notre tour transmettre et promouvoir. L’ignorance est une menace dont nos cultures sont l’antidote.

Le rôle des femmes est central dans cet enjeu de transmission et de résistance au fatalisme. Elles abolissent les distances par leur sens de l’hospitalité. Leur qualité leur confère ce supplément d’humanité dont le monde a besoin. Pour échanger ou pour apaiser, dans les crises comme dans les conflits, elles sont souvent les maillons forts du dialogue et de la réconciliation. Leur médiation est au cœur des processus de paix.

 

Le monde est en tension. Il l’a déjà été. Mais la paix est fragile. Nous l’observons chaque jour davantage : les appels à la haine, la violence, les provocations occupent tout le spectre des actualités. La bonne volonté ne suffit pas pour éteindre les incendies et calmer les tentations belliqueuses. Il est urgent de créer les conditions du dialogue ; de faire évoluer les espaces d’échanges et de rencontres grâce auxquels l’humanité se parle. Les Nations-Unies doivent réinterroger leurs instances pour se mettre à la hauteur des défis à le relever. Pour que chaque pays, chaque région et à travers eux, chaque être humain, puisse être défendu, respecté et participer à la marche du monde. Dans la diversité de ses richesses. En confiance.

 

Jean-Christophe Fromantin

 

Florence Gabay, Directrice du CEDS, (Centre d’etudes diplomatique et stratégique - dépendant du Ministère de l'enseignement supérieur et du Ministère du travail), remettra le titre de doctorat honoris causa à Jean-Christophe Fromantin, Délégué général du Forum de l'Universel et à Ouided Bouchamaoui, Prix Nobel de la paix 2015, qui œuvrent pour une vision de l'universel engagée au service des hommes et des territoires.

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