Covid 19 et moins de 25 ans : Entre fatalisme et espoir …

par un collectif d'étudiants issu de 13 pays, le 05/05/2020

Compte-tenu de l’ampleur de la crise, le Forum de l’Universel a échangé avec une trentaine d’étudiants vivant dans treize pays différents [1] autour de deux questions : Que vous inspire cette crise ? et quelles idées pour après la crise ? Leur contribution :

Une crise rapide et brutale

Les étudiants parlent de la rapidité avec laquelle la crise est apparue et s’est développée. Ils décrivent sa brutalité, son cortège de morts, les décisions gouvernementales drastiques, le confinement, l’isolement. Les premiers sentiments qu’ils expriment lorsqu’on leur demande ce que leur inspire cette crise, c’est la sidération, voire la peur. Cette crise a bouleversé leur univers quotidien. Certains, comme Pierre, étudiant français à Barcelone, avait déjà pu échanger avec des camarades chinois qui lui avaient fait part de la situation dans leur pays. Il savait mais n’imaginait pas ce que cela pouvait être dans la réalité. Il a compris. Il a été encore plus surpris quand le virus s’est abattu sur l’Espagne. Il a été psychologiquement touché.

Un changement de mode de vie

Tous les étudiants ont dû s’adapter. Cela n’a pas été facile, habitants souvent seuls, parfois loin des parents et ne pouvant plus voir leurs copains. Sophia, étudiante d’origine mauricienne en stage à l’île Maurice, dont les parents résident en France exprime sa douleur. Adrien, étudiant allemand qui a d’abord choisi de rester confiné avec son frère pour ne pas prendre le risque de contaminer ses parents, exprime son inquiétude.
Point positif, leurs universités se sont adaptées instaurant les cours en ligne. « L’isolement physique était là mais on retrouvait les professeurs et les copains grâce aux vidéos et au travail collectif en ligne »
Une grande partie des étudiants a développé de nouvelles interactions sociales. Cela permet, comme le dit Martin, de « prendre du temps avec ceux que l’on aime, de revenir à l’essentiel ». Gonxhe, étudiante albanaise, nous explique que cette crise lui apprend à lutter contre l’isolement en se recentrant sur elle-même et en imaginant d’autres moyens pour s’épanouir. Certains en profitent pour accroître leur connaissance. Minji Hyun, étudiante sud-coréenne, passe beaucoup de temps sur internet. Elle est impressionnée par la découverte en ligne des musées, théâtres, et autres offres culturelles.


Une crise révélatrice des limites de la société actuelle

Les étudiants pointent les problèmes fondamentaux de la société actuelle. Tatiana, étudiante suisse, exprime son besoin de réfléchir sur le fonctionnement du monde avec ses faiblesses et ses manques. Camila, depuis l’Argentine, s’interroge sur la nécessité de prévoir de telles crises et de protéger les plus pauvres. Elle exprime son inquiétude quant au fait que l’hiver arrive bientôt dans l’Hémisphère Sud et risque d’accélérer la propagation du virus. « Les pays moins développés tels que le sien pourraient ne pas avoir les moyens financiers pour lutter contre l’épidémie et protéger leur population ». Pour Martín, étudiant mexicain, cette pandémie exacerbe les difficultés. « Ce sera plus difficile de trouver un emploi ». Manuella, étudiante brésilienne, se pose des questions « sur la forte densité de population dans les villes qui ne favorise pas la prise en charge des personnes touchées par la maladie ». Mel, jeune américain, estime que « cette crise est un test grandeur nature de la fiabilité du système social et de santé aux Etats-Unis ». Elle permet de voir quels sont les pays qui mettent l’humain au cœur de leur politique. Il est très critique sur la gestion de la crise et de l’absence de protection sociale. Pour tous, les systèmes de santé et les moyens mis en place par les Etats pour préserver la santé des citoyens sont insuffisants. La pénurie de masques et de matériel médical ou les dépendances vis-à-vis d’autres pays en matière de médicaments en témoignent cruellement. Ils notent également l’absence de transparence de nombreux Gouvernements.

Malgré la douleur, l’espoir

Beaucoup des jeunes interrogés considèrent que cette crise est une opportunité pour changer notre modèle de développement économique et écologique. Yasser, étudiant libanais, explique que, « bien que difficile, cette crise nous a vraiment permis de changer notre mode de vie en un rien de temps ». Osons cette capacité à changer.
Les effets positifs de l’arrêt de l’industrie et de la circulation, dans l’atmosphère et sur terre, ont été fréquemment remarqués. On voit d’ailleurs beaucoup circuler des comparaisons entre des photos de mégalopoles prises il y a un an, et celles prises aujourd’hui. Ils sont nombreux à modérer ces propos en expliquant leur scepticisme.


Quelles pistes pour l’avenir ?

Dans l’immédiat, la préoccupation des étudiants est de pouvoir passer à nouveau du temps avec leurs proches, leurs familles et amis. Ensuite, ils sont prêts à s’investir pour construire le changement. Ils sont partagés entre un élan de confiance pour créer un monde plus solidaire et des craintes que la vie ne reprenne son cours habituel. Ils espèrent que la sortie de crise sera une étape cruciale dans la reconstruction de notre société.

L’inquiétude pour certains et des opportunités pour d’autres

Les étudiants sont inquiets concernant leurs études. Certains devaient partir en stage en Chine ou aux Etats-Unis et sont déçus par la perspective de voir ces échéances annulées. D’autres sont en recherche de premier emploi, d’alternance ou de stage pour l’année prochaine et ont des craintes dues au manque total de visibilité par rapport à leurs recherches.
Mel redoute qu’aux Etats-Unis, à la fin du confinement, tout reprenne comme si de rien n’était. C’est dur de se remettre en cause et il craint que l’administration n’ait pas le courage de réfléchir sur un autre futur.

L’impact de la crise et des mesures de confinement sur la planète ont été soulignés comme offrant de réelles perspectives d’espoir pour l’avenir. Robin, étudiant suisse estime qu’il faut « repenser notre société, que chacun comprenne mieux ses besoins, pour qu'on puisse affronter la vraie crise, celle du réchauffement climatique. » Emma affirme de son côté qu’il faut « utiliser la crise pour enclencher un revirement environnemental de notre économie ».
D’un point de vue politique, certains voudraient que leurs pays soient moins dépendants d’autres pays pour la fourniture de produits stratégiques. Stanislas estime même qu’il est nécessaire de « nationaliser davantage certaines industries pour être moins dépendants des autres pays en situation de crise. »
Cette pandémie a également permis de rappeler l’importance du travail d’un grand nombre de professions « de l’ombre », comme par exemple les personnels de santé, d’entretien ou de manutention. Il faut valoriser ces emplois souvent méconnus et négligés par le grand public, sans lesquels notre société ne peut fonctionner correctement. Les étudiants ont participé à ces mouvements spontanés visant à exprimer une reconnaissance collective pour ces travailleurs de l’ombre. Les applaudissements pour les soignants en France, en Italie et en Espagne en témoignent.

Enfin, un point essentiel mis en avant est la réforme nécessaire des systèmes de santé.
Il faut se donner les moyens pour lutter contre ce genre de pandémie. Il est également important de développer la recherche médicale dans des cadres élargis, européens ou même mondiaux.


[1] Entretien réalisé auprès de douze étudiants de différents pays (Argentine, Albanie, Suisse, Turquie, Brésil, Liban, Etats-Unis, Maurice, Mexique, Corée du Sud, Allemagne), ainsi qu’une vingtaine d’étudiants français résidant en France ou en échange à l’étranger.

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