Partir au combat pour que tout change

par Francis Vallat. , le 15/05/2020

Francis Vallat est Président d'Honneur de SOS Méditerranée.

Franchement je redoutais que, la crise Coronavirus passée, les vertueux « plus jamais ça » ou « il y aura un avant et un après » soient encore oubliés, avec un retour au « business as usual » comme après la crise financière de 2008.
Aujourd’hui je suis convaincu du contraire, tout simplement car nous avons sauté dans un inconnu qui exigera de nous battre sur tous les fronts à la fois : sanitaire, environnemental, économique, social, sociétal, humanitaire, et…spirituel, devenus indissolublement liés.
Les tenants du passé sont morts debout, et certains dirigeants le savent :
- Le fait que la moitié de la population mondiale ait été confinée a créé une conscience nouvelle, dopée par les médias. Pour la première fois de son histoire, l’humanité toute entière a eu peur. Elle a découvert brutalement et directement que non seulement les civilisations, mais elle-même était mortelle. Comme elle venait de le faire pour la planète sauf que cela avait pris des décennies.
- Les conflits mondiaux n’avaient pas fait douter de la survie de l’homme lui-même. Pourtant le premier a entraîné la création de la SDN et le deuxième celle de l’ONU. Et maintenant, après ce traumatisme d’une ampleur sans précédent (profond, universel, et d’une nature nouvelle ; ça n’est pas le nombre de morts qui compte), partout dans le monde trop de jeunes, de parents, de responsables, de peuples, ne supporteront plus temps perdu et risques induits par les querelles inutiles, la nature violée, les effets pervers de la globalisation, les dangers d’un monde interconnecté à tous niveaux. Il va falloir aller beaucoup plus fort, plus loin, plus vite…
- Le cœur de nos systèmes a été définitivement bouleversé. Tous les verrous économiques, tous les principes sacro-saints ont sauté. L’énorme planche à billets a juste été un ballon d’oxygène évitant la mort subite.
Le défi de la survie imposera enfin solidarité dans l’action, et sacrifices. Mise en veilleuse des positions trop privilégiées pour les uns, des droits acquis pour les autres… A l’échelon national il faudra revenir à l’Etat stratège et changer de braquet : esprit de défense, santé, éducation, auto-suffisance nationale de première nécessité… Mais surtout il faudra promouvoir de nouvelles ambitions européennes et internationales. Certes la notion de gouvernement mondial est une utopie, mais cessons de prendre ceux qui le souhaitent pour des nimbus comme on le faisait naguère des écolos. Et il se pourrait que la grandeur de la France soit de se battre, avec le soutien des opinions publiques responsabilisées, pour refonder notre contrat social dans le cadre d’un combat à mener au niveau de la planète. Pas sûr que les chinois ne jouent pas le jeu…

Je suis de ceux qui sont prêts à partir au combat pour qu’effectivement TOUT change. Car il n’y a pas d’autre choix!

La prise de conscience collective de la menace mortelle qui pèse à la fois sur la planète et sur le genre humain - dont il devient enfin criant que leur destin est lié - peut d’ailleurs offrir une base d’action aux gouvernants « d’après », ainsi qu’un argument et une arme essentiels pour les responsabilités courageuses qu’ils doivent prendre : qu’il s’agisse de la nécessité maintenant avérée de corriger la mondialisation pour en équilibrer les effets positifs et les effets destructeurs ; ou de la volonté de plus en plus répandue de ne plus céder aux sirènes de la « dictature du consommateur » ; ou encore du défi incontournable de renforcer la solidarité, à la fois au sein et entre les communautés nationales ; ou enfin et surtout de l’impératif ressenti par tous de donner plus d’efficacité à la gouvernance mondiale, je veux dire à la coordination d’un monde où chacun « tient l’autre par la barbichette » (la Chine ne pourra vivre sans ses « clients » par exemple, ou pour résumer aucun pays ne peut ni ne pourra s’en sortir sans harmonisation avec les autres…)

Alors certes, « tout l’art est d’exécution », comme le disait Clausewitz en parlant de la guerre (et là le terme est approprié car il s’agit bien de vaincre la marche implacable vers un suicide collectif), et je n’ignore pas que dans nos démocraties en particulier, les dégâts sociaux causés par une telle révolution peuvent être terribles et empêcher toute initiative, même vertueuse. Mais il me semble il y a que deux réponses possibles à cette interrogation majeure :
- La première est que les gouvernants aient conscience qu’ils ne pourront rendre acceptables les efforts exigés (comme dans toute période de transition) sans montrer qu’ils font et feront tout pour les limiter, pour les répartir avec justice, et pour réduire le nombre de sacrifiés sur l’autel de l’intérêt de tous. Ils doivent donc eux-mêmes réaliser qu’ils ne pourront agir sans mettre en œuvre, tous ensemble, partout et d’une même voix, une pédagogie harmonisée vis-à-vis de tous leurs peuples simultanément. Ce qui suppose en outre qu’ils auront au préalable à se mettre d’accord sur les gages de crédibilité qu’ils devront se donner réciproquement. A cet égard ce qui hier encore relevait, plus que jamais, de l’utopie, est devenue la condition de la survie de chacun…
- La deuxième est que si les gouvernants du monde ne vont pas dans cette direction, il n’y aura plus aucune chance d’inverser le chemin qui nous conduit universellement à la catastrophe. Un exemple ? L’hystérisation de la « coronacrise » dans les sociétés les plus avancées, relayée et renforcée par leur surmédiatisation, les plongera dans une situation à laquelle elles ne pourront résister. A commencer par le silence (assourdissant aujourd’hui) ou l’inertie qu’elles ne pourront plus opposer aux flux des populations révoltées de l’hémisphère sud de plus en plus touchées par les pandémies et/ou dérèglement climatique. Ces derniers sont aujourd’hui contenus tant bien que mal mais demain, si rien n’est fait, les peuples bafoués n’auront plus rien à perdre. Et ils auront une force terrible que nous avons perdue, qui est de savoir que la mort fait partie de la vie. Cette sagesse ancestrale nourrira paradoxalement leur folie destructrice… en plus de leur nombre et de leur désespérance qui les rendra invincibles.

Le défi est énorme car il est à proprement parler existentiel. Il nous met en plus au pied du mur des valeurs qui forgent notre identité. Jamais dans l’histoire il n’a été aussi immense et universel…Il est enfin URGENT car l’homme a encore – mais pour quelques années seulement - la possibilité de redistribuer lui-même les cartes. Mais si demain ces intentions ne sont ni affichées ni ne connaissent pas un début de concrétisation, il sera trop tard…et le volcan sur lequel nous dansons encore explosera
Le 22 avril 2020

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