L'héritage universel d'Antoine de Saint-Exupéry. De la philosophie à l'écologie.


par Jean-Pierre Guéno, Auteur, Historien. Hervé de Saint-Exupéry, Pilote, Vice Président de la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la Jeunesse. Abel Sevellec, Conférencier, Ambassadeur de la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la Jeunesse.

L'héritage universel d'Antoine de Saint-Exupéry. De la philosophie à l'écologie.

 

Pilote, écrivain, philosophe, aventurier, soldat…Portrait d’un homme dont l’universalité de l’œuvre s’impose dans le temps et dans l'espace.

 

L’évocation de Saint Exupéry est immédiatement liée à celle de l’écrivain du Petit Prince, œuvre iconique, témoignage de la culture française dans le monde entier. Toutefois, le succès de cet ouvrage qui 80 ans après avoir été écrit est l’œuvre la plus lue et la plus traduite dans le monde après la Bible, ne peut ni ne doit résumer l’œuvre de Saint-Exupéry. Citadelle, œuvre inachevée d’une immense richesse de pensées philosophiques et humanistes, Pilote de guerre, Courrier Sud, expriment la densité de la pensée et de l’action d’une personnalité marquante du XXe siècle. Comme Malraux ou Lawrence d’Arabie l’œuvre d’écriture de Saint Exupéry est ancrée dans l’action, s’en nourrit et permet de lui donner un écho mondial. Qui connaitrait l’Aéropostale sans Vol de Nuit ?

 

L’action est celle d’un aventurier engagé, d’un soldat, pilote de guerre, serviteur de son pays jusqu’à y laisser sa vie le 31 juillet 1944, au large de Marseille. Il est tombé abattu par un allemand Horst Rippert qui des années plus tard a confié à François d’Agay, neveu et filleul d’Antoine de Saint-Exupéry ses regrets et sa honte de l’avoir abattu.

 

L’action de Saint-Exupéry s’écrit aussi au travers de ses inventions et de quatorze brevets dont les principes aujourd’hui encore participent au fonctionnement des instruments de navigation aérienne. Pour ces travaux, en 2014, fait rare en ce domaine, Saint-Exupéry a reçu le titre d’ingénieur en aéronautique à titre posthume par l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile.

 

Homme énigmatique, profond, humaniste et écologiste avant l'heure, philosophe, ouvrant autant des lignes aériennes entre les continents que des lignes dans les consciences, il cherchait à célébrer le lien entre les hommes, entre les continents, entre les cultures. "Dans ma civilisation, celui qui diffère de moi, loin de me léser m'enrichit. Pourquoi nous haïr ? Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d'un même navire, et s'il est bon que les civilisations s'opposent pour favoriser des synthèses nouvelles, il est monstrueux qu'elles s'entredévorent. » Cette citation de Terre des Hommes publié en 1938 évoque en quelques lignes nombre de problèmes que nous affrontons aujourd’hui.

Son œuvre et sa vie témoignent d’une capacité à prendre de la hauteur dans tous les sens du mot, à comprendre la technicité du monde pour en améliorer des rouages et des liens, et à porter des valeurs de courage, d’engagement que la Fondation qui porte son nom cherche à faire vivre dans le monde.

 

Pilote, écrivain, philosophe : la richesse et la complexité d’un homme.

Faut-il établir une hiérarchie dans ces activités ? Sûrement pas. Elles se nourrissent l’une l’autre dans une forme de continuité dont la logique évoquée par Hervé de Saint-Exupéry, pilote lui-aussi, serait « celle d’un rêveur, qui passe à l’action et raconte ».

Cette démarche n’est pas linéaire, et s’ancre dans une prise de conscience de la réalité de la condition humaine : « Je ne sais pas ce qui se passe en moiCette pesanteur me lie au sol quand tant d'étoiles sont aimantées. Une autre pesanteur me ramène à moi-même. Je sens mon poids qui me tire vers tant de choses ! » (Terre des Hommes).

A cette prise de conscience s’ajoutent deux fractures personnelles qui vont construire l’homme, « expliquer l’irruption de la lumière » souligne Jean-Pierre Guéno, alimenter, voire catalyser des œuvres majeures. La première fracture est la mort de son petit frère François. Le 10 juillet 1917, Antoine a dix-sept ans, François quatorze, et se sentant mourir il convoque son frère : « Je voulais te parler avant de mourir. Je vais mourir. Ne t’effraie pas, je ne souffre pas, je n’ai pas mal. Je ne peux pas m’en empêcher, c’est mon corps ». Saint-Exupéry immortalisera la mort de son frère dans un cliché qu’il conservera toujours sur lui. Plus tard, il va retranscrire dans le dialogue entre le pilote et le Petit Prince, au moment de son départ des paroles quasi identiques « Mon étoile, ce sera pour toi une des étoiles. Alors si tu m’aimes, tu aimeras regarder les étoiles. J’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai…Tu comprends. C’est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps là. C’est trop lourd. Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n’est pas triste les vieilles écorces ».

La deuxième fracture se passe le 23 mai 1940, au moment de la débâcle. Sa hiérarchie, lui confie une mission suicide où avec un avion d'observation il doit prendre des photos en volant en rase-motte au-dessus d'Arras qui est un nid de guêpe en feu, un nid de mitrailleuses allemandes. Saint-Exupéry en revient par miracle. La plupart des avions de chasse d’escorte sont abattus. Le soir il dîne à la porte Maillot avec son ami Leon Werth et Nelly de Vogüé, comme si rien ne s’était passé. Mais de cette épreuve il écrira : "Le tir a brisé une écorce. Toutes ces journées-ci j'ai sans doute préparé en moi la demeure. Je n'étais que le gérant grincheux. C'est ça l'individu. Mais l'homme est apparu. Il s'est installé à ma place, tout simplement. Il a regardé la foule en vrac, et il a vu un peuple ». « Ces deux épreuves lui ont ouvert les yeux. Ce sont des fractures salvatrices, celles par lesquelles, s'insinue la lumière » souligne Jean-Pierre Guéno.

De cette densité, de cette fertilité d’actions et de pensées émergent la complexité, les contradictions, les ambiguïtés, voire les zones d’ombre de l’homme. Comment dans Vol de nuit, réunir les personnages de Rivière et la femme de Fabien ? Choisir le devoir, la mission ou le foyer ?  Comment réunir le grand Caïd de Citadelle et le rêveur Petit Prince, ouvrages écrits au même moment ? L’amitié, la solidarité qui relie les hommes sont évidentes dans sa vie. Qu’en est-il de l’amour ? De nombreuses femmes ont marqué successivement ou simultanément la vie de Saint-Exupéry dans des relations plus ou moins tumultueuses. Quels étaient ses sentiments à leur égard ?

A cette question Jean-Pierre Guéno suggère quatre prénoms pour « sa rose », quatre femmes qui ont compté dans sa vie : sa mère, Marie de Fonscolombes, Louise de Vilmorin, Nelly de Vogüé et Consuelo. « Toutes les autres ne sont que des épaules féminines sur lesquelles s’endormir, et elles le savent ». Saint Exupéry dit lui-même que les mots qui sont réservés à sa mère, Louise, Nelly et Consuelo, il ne les utilise jamais avec les femmes de passage. Les quatre femmes qui ont compté dans sa vie ont en commun une forme d’exotisme. Sa mère, veuve très jeune avec cinq enfants en bas âge, consacre sa vie à l’éducation de ses enfants et fera grandir Antoine, lui lisant notamment des contes d’Andersen ancrés dans la vraie vie, souvent austères et qui ont marqué fortement Saint-Exupéry. Louise de Vilmorin est un être étonnant. Consuelo son épouse, malgré ses infidélités, a continué à écrire à son mari des lettres d’amour, des lettres du dimanche soir, gratuites. Nelly de Vogüé, est une femme qui très jeune, conduit, pilote, des traits très singuliers pour l’époque. Rivale, jalouse de Consuelo, elle ne convaincra jamais Saint-Exupéry de divorcer.

 

Rêveur et poète

Le rêveur, c’est le personnage du chasseur de papillons. Il est dessiné tout seul sur sa planète avec un filet. Bien que finalement écarté du Petit Prince, Saint-Exupéry en avait toujours un dessin dans sa poche. A son ami le Général Chambe, il disait : "C'est un de mes personnages préférés, car c'est un être qui court après un idéal réaliste ». C’est « idéal réaliste », exprime l’état d’enfance propre à Saint-Exupéry : une double capacité à considérer chaque jour qui se lève comme le premier matin du monde associé à une grande maturité.

« Je crois trop en la vérité de la poésie » écrit-il dans ses carnets. Dans Vol de nuit, sa vue du ciel acquise dans ses missions de pilote nourrit la poésie des mots dans les descriptions de paysages. « Les collines, sous l’avion, creusaient déjà leur sillage d’ombre dans l’or du soir. Les plaines devenaient lumineuses mais d’une inusable lumière : dans ce pays elles n’en finissent pas de rendre leur or de même qu’après l’hiver, elles n’en finissent pas de rendre leur neige. Et le pilote Fabien, qui ramenait de l’extrême Sud, vers Buenos Aires, le courrier de Patagonie, reconnaissait l’approche du soir aux mêmes signes que les eaux d’un port : à ce calme, à ces rides légères qu’à peine dessinaient de tranquilles nuages. Il entrait dans une rade immense et bienheureuse. »

Cette rêverie fertile, créatrice a-t-elle pu être mortelle ? C’est une hypothèse évoquée par Jean-Pierre Guéno. Grand rêveur, Saint-Exupéry souvent s'ennuyait et jouait aux échecs contre lui-même dans son cockpit. Quand il n'avait pas fini une partie, il lui arrivait de faire tourner l'avion en rond. Horst Rippert, qui a abattu Saint-Exupéry, mentionne dans ses souvenirs son trouble et son étonnement de voir aux commandes de l’avion américain très puissant, capable de dégager très vite, un pilote absorbé, distrait, ce qui lui permet d’approcher l’avion et l’abattre sans résistance. Eloignée des tendances suicidaires prêtées à Saint-Exupéry, parfois désenchanté mais profondément amoureux de la vie, cette hypothèse d’un moment fatal de distraction dans des pensées rêveuses n’est pas à exclure.

 

Piloter : l’action comme valeur

 « Homme d’action à qui l’action ne suffit pas » résume Jean-Pierre Guéno. Saint-Exupéry se vivait comme un soldat, un aviateur avec des valeurs de courage, d’engagement et d’action. Ce n’est point le rêve d’Icare qui le pousse à voler mais le désir d’agir en tant que pilote de guerre, pilote de l’aéropostale, pour réunir les hommes, mieux les comprendre et saisir aussi le langage secret de la terre.

Il écrit : « J’ai découvert une grande vérité. A savoir que les hommes habitent et que le sens des choses change pour eux selon le sens de la maison ». L’avion permet à Saint-Exupéry de découvrir un autre visage de la terre, de célébrer le lien entre les hommes. « L’avion élimine tous les virages du plancher des vaches, pour trouver des grandes lignes droites et découvrir toute la merveille de la Terre » souligne Abel Sevellec.

"La terre nous apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu'elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle". (Terre des Hommes). L'obstacle, la difficulté sont des opportunités exceptionnelles, de nous dépasser, de nous unir. La fraternité n'est pas dans le partage elle est dans l'action de faire quelque chose ensemble. « Le succès ne peut pas être individuel, il est forcément collectif » souligne Abel Sevellec, « Nous sommes tous des ambassadeurs, nous sommes tous au service d'un courrier, nous sommes là pour transmettre ».

 

Une pensée écologique visionnaire.

 « Il y a une écologie dans l'œuvre de Saint Exupéry. C’est une écologie beaucoup plus ouverte, que celle, de nombreux écologistes actuels et éloignée d’une vision souvent simpliste, qui voudrait d’une part réduire l’écologie à la nature et considérer que tout ce qui est naturel soit sain et l’action de l’homme toxique. Nous n’avons inventé ni le curare, ni l’Amanite phalloïde et l’on sait ce qu’est la loi de la jungle ! », souligne Jean-Pierre Guéno. Les premiers concepts d’écologie ont été introduits à la fin du XIXe siècle par des scientifiques prussiens et repris en France par des géographes tels Paul Vidal de la Blache. Le terme couvrait "la science des conditions d'existence ». C’est cette vision, beaucoup plus large que la nature, que la protection de la faune et de la flore qui irrigue l’œuvre de Saint-Exupéry. L’écologie de la nature est bien présente, mais « déniaisée » avec une prise de conscience réaliste, d’une forme de toxicité dont l’Homme peut être victime ou d’interactions négatives entre la faune et la flore : sur sa planète le Petit Prince est obligé d'arracher les bébés baobabs, de ramoner les volcans, ou de protéger sa rose sous un globe contre son mouton.

Mais Saint-Exupéry va beaucoup plus loin. Dans une lettre à son ami Louis Daléas il mentionne « …ces salauds qui se sont reproduits sur ce globe de façon inconsidérée, qui en ont évincé les diplodocus, les iguanodons, et les loups-garous, qui en ont sali la surface avec leurs villes comme avec des crottes », évoquant une écologie de la ville qui dans son œuvre rejoint aussi une écologie des rapports sociaux, une écologie du temps, de l'argent, de l'âme, une écologie qui va bien au-delà de la dimension naturelle au sens où on l'entend trop aujourd’hui. C’est aussi une écologie qui conditionne la cohésion sociale et nous incite à l'universalité, à la diversité et au vivre ensemble. "Dans ma civilisation, celui qui diffère de moi, loin de me léser m'enrichit, Pourquoi nous haïr, nous sommes solidaires emporté par la même planète, équipage d'un même navire, et s'il est bon que les civilisations s'opposent pour favoriser des synthèses nouvelles, il est monstrueux qu'elles s'entredévorent ».

Il y a dix ans on a découvert deux feuillets du Petit-Prince (le brouillon complet de l’œuvre a disparu) avec, sur l’un d’eux, un passage très troublant. Voilà ce que dit la version définitive du Petit Prince : "Si les deux milliards d'habitants qui peuplent la Terre se tenaient debout et un peu serrés, comme pour un meeting, ils logeraient aisément sur une place publique de vingt milles de long sur vingt milles de large. On pourrait entasser l'humanité sur le moindre petit ilot du Pacifique ». La version originale, révélée il y a dix ans dans un feuillet manuscrit de brouillon, est beaucoup plus précise et il faut la lire en ayant à l’esprit que le Petit Prince, comme Pilote de guerre, ont d'abord été publiés en anglais. Séjournant à New-York, Saint-Exupéry a peut-être pensé que le jour où ce texte serait publié en France, l'ile dont il avait le nom en tête ne dirait rien à personne. Son brouillon mentionne : « Si on réunissait tous les habitants de cette planète, les uns à côté des autres serrés comme pour un meeting, les blancs, les jaunes, les noirs, les enfants, les vieillards, les femmes et les hommes sans en oublier un seul, l'humanité tiendrait toute entière dans l'Ile de Long Island ».

Cette écriture ainsi que la mention de cette île sont des symboles extrêmement puissants. Ils rappellent d’une part les efforts multiples de Saint-Exupéry pour convaincre les américains de se battre contre le nazisme, conte la shoah, contre l'antisémitisme, contre la discrimination, avant l’épisode de Pearl Harbour, mais surtout évoquent directement les millions de migrants de l’époque, des polonais massivement, qui sont la main d’œuvre de des mines de charbon. En prenant l’île de Long Island, (3765 km2, 190 kilomètres de long pour une largeur d'une trentaine de kilomètres), le message de Saint-Exupéry est d’exprimer clairement que la terre, qui comptait à l’époque deux milliards d’habitants n'est pas physiquement ou démographiquement surpeuplée. « C'est une fake news » souligne Jean-Pierre Gueno…tout comme aujourd’hui où en appliquant le raisonnement de Saint-Exupéry aux 8 milliards d’habitants, ils pourraient tenir sur une ile de taille une fois et demi celle de la Corse.

Avec ces calculs et l’évocation de Long Island, Saint-Exupéry se dresse contre les phobies migratoires, sécuritaires et dénonce le refus du partage, le grand gaspillage qui tous deux n’ont fait que s’accroitre aujourd’hui, rendant ses écrits d’une grande actualité. En 1942 dans Lettre à un otage il écrivait : « Mes émigrants m'apparaissaient comme des marins bretons auxquels on eût enlevé la fiancée bretonne. Aucune fiancée bretonne n'allumait plus pour eux, à sa fenêtre, son humble lampe. Ils n'étaient point des enfants prodigues. Ils étaient des enfants prodigues sans maison, vers quoi revenir. Alors commence le vrai voyage, qui est hors de soi-même. Comment se reconstruire ? Comment refaire en soi le lourd écheveau de souvenirs. Ce bateau fantôme était chargé, comme les limbes, d'âmes à naître." Dans notre monde éclaté, du chacun pour soi, du « tout à l’ego », du rejet de l’autre, ces écrits resonnent avec une acuité particulière. « C'est quelque chose comme l'espèce humaine et non l'individu qui est blessé ici, qui est lésé. Ce qui me tourmente les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourment ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur, c’est un peu dans chacun de ces hommes Mozart assassiné ».

A l’aune de l’actualité ces phrases ont une cruelle résonnance et témoignent d’exceptionnelles facultés de visionnaire, de capacité à prendre du recul et de la hauteur face grands enjeux du monde. « Ne comprenez-vous pas que, quelque part, nous avons fait fausse route ? La termitière humaine est plus riche qu’auparavant, nous disposons de plus de biens et de loisirs, et, cependant, quelque chose d’essentiel nous manque que nous savons mal définir. Nous nous sentons moins hommes, nous avons perdu quelque part de mystérieuses prérogatives ». Comment mieux dénoncer, avec une anticipation de presqu’un siècle, les maux qui rongent notre planète : le refus du partage avec une concentration de 50% des richesses dans les mains d’1% de la population et le grand gaspillage. Un tiers de ce que nous produisons va à la poubelle...

Elle est là, l'écologie fondamentale, loin du courtermisme, dans une prémonition troublante de l’urgence du long terme !

 

Une philosophie de l’engagement.

 Au moment où il évoque la perte de ces prérogatives, où le sens des choses disparait, Saint-Exupéry veut croire en la grandeur de l’homme, remettre du sens au cœur de l’homme. « Je me suis battu bien plus pour préserver la qualité d’une lumière que pour sauver la nourriture du corps. » écrit-il. Saint-Exupéry avait cette angoisse de voir qu’on allait détruire le silence qui sculpte et nourrit l’âme. On vit de son intelligence, peut-on vivre sans âme ? « Quels espaces faut-il que l’on nous ouvre pour nourrir cette âme On a cru que pour grandir qu’il suffisait de nous vêtir, de nous nourrir, de répondre à nos besoins. Et l’on a peu à peu fondé des politiciens de village, des techniciens fermés à la vie intérieure ». Il faut ouvrir à la vie intérieure, à la lumière ! souligne Abel Sevellec. Dans Vol de Nuit Saint-Exupéry écrit « Il n'y a pas de fatalité extérieure. Mais il y a une fatalité intérieure ; vient une minute où l’on se découvre vulnérable ; alors les fautes vous attirent comme un vertige. Et c'est à cette minute que luirent sur sa tête, dans une déchirure de la tempête, comme un appât mortel au fond d'une nasse, quelques étoiles. Il jugea bien que c'était un piège : on voit trois étoiles dans un trou, on monte vers elles, ensuite on ne peut plus descendre, on reste là à mordre les étoiles... Mais sa faim de lumière était telle qu'il monta. » Il n’y a pas meilleure illustration que ces lignes pour évoquer la mission du 31 juillet 1944 dont il n’est jamais revenu, et qui devait-être la dernière, avant qu’on ne le mette dans le secret du débarquement de Provence et lui demande de ne plus voler.

Saint-Exupéry était pionnier pour ouvrir des liaisons entre les continents. Au-delà, il ouvre aussi des lignes dans les consciences, il cherche à célébrer le lien entre les hommes, entre les cultures. « Tout ce qui diffère de moi loin de me léser m’enrichit » ; « Si je diffère de toi, loin de te léser je t’augmente » écrit-il.  « Saint-Exupéry est le philosophe du lien, le monde a besoin de citoyens qui s’engagent et l’universalité de Saint-Exupéry c’est l’engagement » souligne Abel Sevellec.

« J'entrevois mieux le principe des victoires : celui-là qui s'assure d'un poste de sacristain ou de chaisière dans la cathédrale bâtie, est déjà vaincu. Mais quiconque porte dans le cœur une cathédrale à bâtir, est déjà vainqueur. La victoire est fruit de l'amour. L'amour reconnaît seul le visage à pétrir. L'amour seul gouverne vers lui. L'intelligence ne vaut qu'au service de l'amour." (Pilote de guerre).

 

Synthèse d’une table ronde, rédigée par Mireille Bertrand

 

 

Votre adresse de messagerie est uniquement utilisée pour vous envoyer les lettres d'information des Ateliers de l'Universel.
Vous pouvez à tout moment utiliser le lien de désabonnement intégré dans la newsletter.

Information

Ce site utilise des cookies pour enregistrer des informations sur votre ordinateur. Parmi ces informations, certaines sont essentielles au bon fonctionnement de notre site. D'autres nous aident à optimiser la visite des utilisateurs. En utilisant ce site, vous acceptez d'utiliser ces cookies. Consultez notre politique de confidentialité pour en savoir plus.