L’Hospitalité : une valeur contemporaine, une ouverture à l’Universel.


par François-Xavier Bellamy
Professeur agrégé de philosophie et essayiste français

L’Hospitalité : une valeur contemporaine, une ouverture à l’Universel.

 Valeur contemporaine, l’hospitalité correspond à une aspiration très profonde d’ouverture à l’autre et de rencontre.

Deux conditions sont nécessaires pour créer cette rencontre : un « chez-soi », un lieu pour accueillir et « un autre ». Alors que le monde contemporain valorise l’ouverture, paradoxalement il méprise ces deux conditions de sa réalisation. En particulier, dans le champ politique, ceux qui défendent le plus l’ouverture ont aussi tendance à condamner au nom de l’ouverture, la nécessité du chez-soi et du lieu familier alors qu’elle en est la condition. Le lieu familier, l’existence d’un « chez-soi » unique, tend à disparaitre, avalé par une mondialisation qui apporte l’uniformisation des villes avec des tendances urbanistiques et architecturales similaires ou les excès de certaines pratiques touristiques. La deuxième condition de l’accueil est qu’il y ait « un autre », reconnu comme différent de moi, comme ayant quelque chose à m’apporter et à qui je peux aussi apporter quelque chose.

 

L’altérité : une nécessité pour s’ouvrir à l’Universel

 

Derrière la question de l’universel se joue une tentation possible de l’uniformité. Je crois profondément à l’universel. L’homme, l’être humain est profondément universel. Pour reprendre le poète Térence, « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». L’homme aspire à l’universel et ce serait un mépris de notre condition que de ne pas s’ouvrir à l’universel et donc à l’hospitalité. Mais je ne crois pas que l’universel soit immédiat, je ne crois pas à cette immédiateté abstraite et fictive de l’universel. L’universel passe par des médiations particulières. Un des exemples est la langue, notre langue maternelle qui est notre langue familière est la première condition pour rentrer en relation avec l’autre dans une relation féconde, et ce, même avec un autre qui parle une autre langue. Encore faut-il maitriser sa propre langue pour pouvoir en apprendre une autre. Mon expérience d’enseignant m’a permis de constater que les difficultés des élèves à apprendre une langue étrangère sont souvent liées à une fragilité dans la maîtrise de leur propre langue. Quand on connait mal le vocabulaire et la grammaire de sa propre langue on a des difficultés à apprendre la langue d’un autre.

S’ouvrir à l’universel nécessite de passer par une médiation toute particulière et très humble qui est celle d’une culture singulière que l’on peut dépasser d’autant plus facilement qu’on l’a mieux intégrée. Cela suppose de reconnaitre à la fois l’altérité et la nécessité de cette médiation.  

 

Penser que pour aspirer à l’universalité il faut détruire ces médiations particulières risque au contraire de rendre l’universalisme impossible. Je ne crois pas qu’il faille se séparer des cultures singulières, se défaire des particularismes qu’on regarde trop souvent comme des enfermements honteux. Dans la mondialisation, les peuples et les pays qui s’en sortent le mieux sont ceux qui se fondent sur leurs traditions, leur culture, leurs savoir-faire, non pas pour se laisser enfermer par tout cela, mais pour pouvoir au contraire en faire la force nécessaire pour s’ouvrir aux autres.

 

Le maintien de la diversité des cultures et de notre identité, richesses de l’universalité

 

Les grandes Expositions Universelles passées, incarnaient cette richesse.

Bâties sur la géographie, c’est le spectacle de la diversité et non celui de l’uniformité qu’elles offraient en invitant chaque pays à mettre en avant ses aspérités, ses singularités climatiques, culturelles, ses savoir-faire particuliers, tout ce qui pouvait contribuer à son unicité et son attrait.

Dans un autre domaine, Saint-Exupery évoque ce besoin essentiel de diversité. Dans un passage de « Pilote de Guerre », à un soldat qui était envoyé en mission en Norvège et qui s’interrogeait sur l’intérêt et la nécessité de partir se battre pour ce pays, le responsable du groupe répondit que même s’il ne connaissait pas bien la Norvège, il l’identifiait comme un pays avec une culture particulière, avec ses traditions, sa littérature, sa culture…et un monde sans la Norvège serait un monde moins riche. Au-delà de la Norvège, son combat est pour maintenir une diversité, qui ne doit pas disparaitre, car sa disparition appauvrirait chacun.

De même que nous sommes tous conscients de la perte pour la planète toute entière d’un biotope ou d’un écosystème particulier, la disparition d’une culture dans son caractère singulier est une perte irréparable, une forme d’appauvrissement.

Nous avons une responsabilité universelle vis-à-vis du maintien de notre propre identité, d’un patrimoine, non pas figé, statique comme une ruine touristique, mais d’un patrimoine culturel singulier vivant. Comme un biotope abrite une diversité et une richesse de vies, c’est dans une culture que peuvent naitre une créativité, une fécondité et des libertés nouvelles.

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