L’Universel – valeurs et enjeux au XXIe siècle


par Vincent Montagne
Président du Groupe Media-Participations et du SNE*

L’Universel – valeurs et enjeux au XXIe siècle

Vincent MONTAGNEComme chef d’entreprise d’un Groupe de maisons d’éditions qui ont notamment pour charge de promouvoir à l’international les œuvres d’auteurs français, je voyage dans beaucoup de pays du monde. Que je me trouve en Chine, aux Etats-Unis… etc., il arrive toujours un moment dans les conversations où, au-delà de l’accueil bienveillant de notre culture française, l’on me dit en substance : « Moi, c’est moi ». Les cultures ont leur cohérence propre et leur saveur, et les gens ne sont pas interchangeables. D’où ma conviction : dans un monde de plus en plus interdépendant, ce n’est pas par un déracinement général que l’on entretiendra le dialogue et la fraternité. C’est au contraire en respectant la personne, son caractère unique, et les corps intermédiaires sur lesquels elle s’appuie pour inscrire son action et son destin dans le collectif. Le monde digital nous offre d’extraordinaires opportunités de communication. Mais si le virtuel devait nous conduire à mépriser les médiations par lesquelles se construisent les sociétés humaines, nous n’aboutirions qu’à un monde inhumain. La pauvreté des débats sur les réseaux sociaux nous le montre chaque jour. Tout un chacun y commente d’un avis définitif et parfois agressif des sujets qu’il ne maîtrise pas.

Qu’est-ce que servir l’universel ? La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 nous le rappelle : cela consiste à considérer tous les êtres humains comme sujets des mêmes obligations et des mêmes droits, au-delà de la diversité des cultures. D’où l’exigence, au XXIe siècle, de reconnaître la dignité absolue de toute personne et de la protéger, y compris des atteintes iconoclastes de la technique ; de préserver les libertés fondamentales ; de comprendre qu’il y a un « bien commun » de l’humanité, qui appelle notre engagement par-delà les frontières. Et, de ce point de vue, la prise de conscience actuelle est déterminante.

La Terre est notre maison commune. Nous l’avons reçue comme un miracle d’équilibre, qu’il nous appartient de préserver ! La combinaison complexe des facteurs nécessaires à l’existence de la vie dans l’univers doit nous rappeler l’extrême fragilité de notre planète et son caractère probablement exceptionnel. Notre responsabilité est donc considérable. Souvenons-nous de Tchernobyl en 1986: cette catastrophe nucléaire a eu, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des conséquences planétaires en quelques heures. Paul Valéry déclarait déjà à l’issue de la Première guerre mondiale : « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Cent ans plus tard, la sophistication extrême d’une grande part du monde va de pair avec une extrême vulnérabilité. Avoir le sens de l’universel, aujourd’hui, c’est avoir conscience que tous les peuples ont partie liée, que personne ne s’en sortira tout seul, mais aussi que chacun a son mot original à dire.

Je ne suis pas un philosophe, je suis un chef d’entreprise. Mais la dimension sociale de l’entreprise est de plus en plus évidente. Quelle que soit sa taille, il me paraît essentiel d’encourager l’exemplarité, vécue à tous les niveaux, et d’œuvrer à l’épanouissement de chaque personne. L’entreprise est en quelque sorte le laboratoire d’une vie en communauté que l’on se choisit. Permettre à chacun des collaborateurs d’être à sa manière le patron de son travail, lui laisser l’intelligence personnelle de ses choix, respecter le mystère de son intimité dans sa participation à l’œuvre commune (au lieu de ne jurer que par la ‘transparence’), c’est servir en lui la dignité fondamentale de l’être humain. Je pense d’ailleurs qu’à l’heure des prouesses de l’I.A., il y a des questions à se poser sur les limites à mettre à la robotisation pour qu’elle n’atrophie pas les capacités créatrices de l’homme. Car il y a une joie universelle à créer, mettre en valeur, établir des liens entre les êtres et les choses. Il y a un désir universel de faire réussir le monde, dans toutes ses dimensions. Or les hommes et les femmes n’y mettent pas seulement leur esprit, ils y mettent leur cœur. L’amour du métier a au moins autant d’importance, pour une vraie réussite, que les compétences techniques. C’est aussi l’amour du métier qui permet de se comprendre, dans une même branche professionnelle, dans des langues et des contextes nationaux très différents – en deux points distants de la planète.

J’aimerais évoquer, pour finir, « l’écologie intégrale ». Comme beaucoup de chefs d’entreprise, chrétiens ou non, j’ai été frappé par la cohérence profonde et l’élan de « Laudato Si », l’encyclique du pape François. Sa ligne de force, c’est l’idée que « tout est lié », le respect de la création et le respect de l’homme, la crise écologique et la crise sociale. La puissance de ce texte tient évidemment aux conséquences que le pape, en homme croyant, tire de la responsabilité de l’homme sur la création. Mais il exprime aussi un sens très concret des besoins communs à l’humanité : les pages sur l’accès à l’eau, source de vie, sont d’une grande force. Je pense que seule la prise en compte, humble et déterminée, des besoins fondamentaux de la personne, pourra permettre au XXIe siècle de relever, à l’échelle universelle, le défi de l’humain.

Vincent MONTAGNE

*SNE : Syndicat National de l’Edition

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