Savoirs et Education : toute personne a droit à l'éducation, valeur universelle.


par Véronique de Chantérac
Présidente du Conseil d'Orientation du CNED

Savoirs et Education : toute personne a droit à l'éducation, valeur universelle.

Savoirs et Education

Dans un monde qui se globalise, où les mouvements internationaux de personnes se multiplient, quelle observation porter sur la transmission des savoirs ? Quelles attitudes adopter pour que chacun reçoive une éducation qui lui permette d’être armé pour vivre et s’épanouir dans un monde de plus en plus global, et en même temps faire vivre et se transmettre les cultures et les savoirs qui ont façonné la richesse et la diversité du monde ?

Véronique de Chantérac Lamielle, ancienne vice-présidente de la Conférence des Grandes Écoles, présidente du Conseil d’Orientation du CNED, nous livre son expérience et ses réflexions.

 

Dès l’école primaire, se pose la question de l’universalité du savoir et de la pédagogie dans un monde multiethnique et global.

Nous sommes nombreux à avoir vu les images de vieux livres d’école avec des enfants africains assis autour d’un instituteur blanc montrant la carte de France. Cette approche caricaturale pose la question de la pédagogie dans un monde pluriethnique : faut-il, à l’image du modèle américain, faire une école pour chacun -les hispanisants, les anglophones par exemple- ou une école universelle pour tous ? Une école creuset, où chacun sera traité de la même façon, quelle que soit la langue d’origine parlée chez lui avec les obstacles potentiels de se limiter au plus petit dénominateur commun ou d’imposer une culture dominante. Dans ce cas quelle culture dominante ? Celle portée par la puissance économique ? Bien que la tentation soit grande, elle n’a pas de légitimité en ce domaine. La complexité de l’équation est grande et sa résolution passe par l’art de la pédagogie associé à un certain pragmatisme.

 

Dans l’enseignement supérieur, les modèles normalisés LMD & MBA, les écoles et programmes de plus en plus internationaux, doivent préserver une capacité d’adaptation des contenus d’enseignement aux cultures locales.

Signé à Bologne en 2000, le système LMD (Licence, Master, Doctorat), bien qu’il n’assure pas l’homogénéité des niveaux de connaissance a le mérite de rendre possible le « commerce des talents » en harmonisant les modèles. De même, les MBA cantonnés au départ aux USA, après avoir connu une première phase d’expansion européenne anarchique, se sont structurés sous l’impulsion des acteurs historiques européens (ISA-actuel MBA HEC -, INSEAD, IMD, ESADE, London BS, IESE, Manchester BS). Ils sont aujourd’hui dispensés par des institutions accréditées par l’EFMD (European Foundation for Management Development) et le programme lui-même labellisé par l’AMBA (Association des MBAs). Ces différents référencements ainsi que l’essaimage d’écoles européennes sur d’autres continents garantissent un standard de qualité, mais ont entrainé une certaine uniformisation des savoirs avec la diffusion des auteurs de référence nord-américains tel Kottler, Porter, etc. ou les cours de professeurs internationaux. Cette diffusion de savoirs uniformes, ne pose pas de problèmes lorsqu’il s’agit de schémas génériques, de domaines techniques (comptabilité, certains domaines de la finance…) mais devient partiellement inadaptée pour les disciplines qui touchent des éléments humains ou sociétaux tels notamment le marketing ou les ressources humaines. Le sociologue Philippe Iribarne, mentionnait les différentes logiques qui structurent nos sociétés et sont autant de codes ou de biais culturels à considérer : en France la logique de l’honneur, aux Etats-Unis la logique du contrat, en Hollande la logique du consensus, en Afrique la logique de la communauté et de la famille, assortie d’une relation au temps, orientée vers le temps long qui se révèle fort différente de la nôtre. Les cours de management, de gestion du temps, de «management skills» (!!!) doivent être adaptés pour répondre à ces spécificités culturelles. La considération de ces particularités est essentielle, et peut même s’appliquer à des « sciences dures ».

Pour illustrer son propos Véronique de Chantérac souligne « Comme dans les villes, il faut dans le domaine de l’éducation maintenir un certain « commerce de proximité ». On peut avoir certaines rues qui, quelle que soit la ville se ressemblent toutes, mais il faut assurer la présence ou le maintien de commerces locaux, qui donnent tout leur relief au lieu ».

 

Dans un contexte de mondialisation, les vertus des échanges internationaux ou de la mixité des profils au sein des formations restent intactes.

Si les cours dispensés dans les salles de classes des établissements internationaux tendent à être interchangeables ou pour le moins compatibles, les bénéfices d’une ouverture à l’international ne se trouvent pas amoindris. L’éducation va bien au-delà des savoirs ! L’ouverture culturelle, l’ouverture à la différence qu’apporte un séjour de plusieurs mois au-delà des frontières, lors d’études ou sac à dos, est palpable dans la vie professionnelle et même personnelle de ceux qui ont eu l’opportunité de vivre cette expérience. Pour ce qui est des études, les deux modèles internationaux : échanges ou écoles intégrées (trois ans dispensés chacun dans différents pays) bien que très différents, apportent in fine des bénéfices analogues. Chacun, pour autant que le séjour dure au moins six mois, permet d’appréhender les différences culturelles et de développer une nécessaire capacité d’adaptation.

Plus un MBA ou un programme sera international, moins il sera restrictif ; plus les profils seront divers dans leurs origines et leurs formations, moins le moule éducatif produira un résultat sec et contraignant.

Cette diversité dans la formation des élites est particulièrement présente dans le modèle anglais qui est ouvert à la diversité, tolérant dans l’acceptation des différences et reconnait une légitimité à conduire des affaires à tous les talents : on peut avoir fait des études d'archéologie, de grec, de musique et être dirigeant. Lindsay Owen Jones, emblématique PDG de l’Oréal, avait fait des études de littérature à Oxford avant quelques mois à l’INSEAD ...La France tend à être l’illustration de l’attitude inverse avec des dirigeants massivement issus d’une poignée d’écoles ou corps qui se veulent incarner l’élite du pays.



L’enseignement des humanités est plus que jamais nécessaire pour former des talents et des esprits adaptables aux changements et à la diversité du monde.

L’enseignement des humanités est essentiel. L’arrivée de l’intelligence artificielle et la nécessité au cours d’une carrière professionnelle de s’adapter à un monde qui évolue de plus en plus vite, ne vont qu’accroître la valeur de cet enseignement.

L’enseignement des humanités éduque à l’appréhension de concepts, à un mode de réflexion rigoureux ; il enseigne une posture de l'esprit qui prépare à lire d'autres contextes, et donc ouvre à l'universel. C’est un enseignement qui ne parait pas immédiatement utile, et qui demande une certaine foi dans ce que l’on fait. « J’ai pu observer cette frilosité lorsque j’ai mis en place un cycle de culture aux humanités à l’ESCP, mais après une période de doute cet enseignement a été bien accepté, car c’est un enseignement qui crée un sous-jacent fertile, qui donne des clés pour décrypter le réel ; c'est une formation de l'esprit critique, de l'aptitude à lire les situations, à se projeter, à communiquer » évoque Véronique de Chantérac. La France parait en retard dans l’appréciation du rôle des humanités. Le système des grandes écoles de commerce ou scientifiques, qui forme l’élite, leur offre une place restreinte, et l’université qui cloisonne les enseignements ne propose pas de formation générale aux humanités. C’est là une grande différence avec les système anglais qui les valorise.

L’étude des grands auteurs classiques, du grec, du latin, des arts, … à quoi cela peut-il servir ?  Dans les pays où il y a une éducation aux humanités, cet enseignement permet d’acquérir une véritable ouverture à l’universel, car il trouve des applications sous toutes les latitudes ainsi que dans tous les domaines d’activité : de la cosmétique aux industries scientifiques sauf peut-être dans les industries extrêmement techniques ou spécialisées comme le nucléaire par exemple. Cet enseignement forme des esprits capables de s’adapter aisément à des environnements ou des structures très différents.  On peut observer cette exceptionnelle agilité avec les diplômés de l’ENS/Ulm qui développent, au travers de leurs études très larges, des capacités de raisonnement étonnantes qui leur permettront d’être efficaces dans des comités de direction de tous domaines.

L’arrivée de l’intelligence artificielle, loin d’amoindrir l’intérêt de l’enseignement des humanités va le renforcer. L’intelligence artificielle va permettre de résoudre des problèmes techniques plus rapidement, plus efficacement, elle va rendre certains savoirs moins nécessaires, mais ne va pas éliminer la nécessité d’apprécier, de décrypter. Elle ne va que rendre plus nécessaires le savoir-faire et le savoir-être, la capacité à apprécier les réalités culturelles locales pour adapter des éléments standardisés aux exigences et attentes de chacun.

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